Saison morte

Il fut un temps glacial où aucune créature ne pouvait survivre à la surface de la terre. Le blanc et le vent fouettaient le paysage. De multiples couches de gel coiffaient le sol et le soleil peinait à se faufiler à travers l’amas de nuages. Le froid essoufflait ce monde qui ne cherchait qu’à se fuir et à se réfugier sous d’autres cieux. Pour un monde de cette taille, avec la vélocité de son déplacement dans l’espace, changer de course se révélait un défi insurmontable. Il faudrait patienter. Patienter et subir sa peine, sans sursis, en ne comptant ni les jours ni les siècles d’engourdissement. En perdant petit à petit la conscience. Du tout pour commencer, de son axe par la suite. Jusqu’à en devenir un caillou mort pris au piège de sa trajectoire. Une étoile éteinte, contractée, crevassée. Un flambeau jadis radieux brisé en deux. Une mer en mouvance maintenant fossilisée avec en son coeur tout l’espoir d’un jour meilleur.

Sous la stagnation, au centre du monde, dansait un sombre reptile aux yeux perçants. Il dansait et puisait dans ses rêves un chant ancestral qu’il psalmodiait sans cesse. Pour lui, enceint du monde, hors du temps linéaire, la réalité se construisait et se déliait selon les modulations de son action. Quelques touches colorées ici, un abysse noir par là, chaque partie continuellement en mouvance jusqu’à se déposer dans un éternel instant. L’instinct du dragon lui ordonnait de poursuivre sa création sans se soucier du sort de son hôte. Noir était son corps, d’or son regard, et il gardait vivant une vérité toute primordiale dans le silence enflammé de son antre.

Un jour, il quitta son poste et se présenta à ma vue. Il se superposa aux traits d’une femme tigresse qui envoûta mon âme lors d’une session de danse. Celle-ci m’emmena très loin des frontières et des cloisons dans lesquelles je me protégeais et je reconnus là une pulsion d’amour. Combatif et hardi, je cultivais ce sentiment frais. Troublé et frissonnant, je chérissais le lien. Dans cet espace immatériel, je reconnus le dragon. Maintes fois il m’apparut en sa présence. Je m’interrogeais tout de même de sa provenance. Était-ce chez elle ou chez moi qu’il habitait? Qui lui permettait de s’incarner? Parfois, il se vêtait de nuit, parfois il se paraissait de jour. Le corps et le regard toujours en opposition. Clarté et noirceur, conscience et oubli. Quand elle repartit au quotidien de son existence, les images disparurent. Ces apparitions flottèrent quelque temps encore avant de se dissiper complètement.

Les mois tombèrent rapidement et je me retrouvai sous le même ciel dans ce festival à l’étranger. Une deuxième inconnue m’interpella. Sa souplesse et son déhanchement me firent penser à la lune. Fille lunaire, pleine et ronde comme la terre, femme-eau qui coule comme la vie. Au coeur de la nuit, un cocon s’ouvrit et je l’y fis entrer. Elle n’en ressortit plus. Nous passèrent un contrat d’union où je lui permis d’être entière sous toutes ses facettes. Elle explora comme bon lui semblait l’un, ou l’autre… Dans cette paix intérieure, le dragon reprit vie. Il s’installa en permanence dans mon champ de vision et s’extirpa paresseusement au retour de la fête.

Pour sa troisième incarnation et son apport dans la relation présente, il se matérialisa sous les traits d’une dessin que je pus ramener chez moi et accrocher au mur de ma chambre. Je lui fit une place de choix et le vénère secrètement. Dragon ne s’imprime plus au-dessus des rêves, il s’invite et danse dans mon monde en apportant chaleur et inspiration. Il m’apprend à voler et pulse avec mon coeur. Grâce à lui peuvent revivre toute les créatures éteintes lors de l’ère glaciaire. L’espoir se ravive. L’étoile pâle s’enflamme. Le terreau se fertilise.

Sous les apparences trompeuses de la mort se trouve toujours la racine d’un renouveau.


Douloureuses intrigues

C’était un de ces matins crasses qui me laissait la sensation terrible d’avoir passé la nuit dans une trappe à souris. Toutes mes articulations étaient raides, mes yeux rougis sortaient de leur orbite et ma carcasse molle peinait à s’extirper du pieu. Couinant ma douleur entre mes mâchoires serrée, je m’observais le corps en le tâtant à la recherche d’un coin tranquille où les terminaisons nerveuses resteraient muettes. Je n’en détectais aucune. L’impression d’imploser de tous bords au niveau du tronc me forçait aussi à me recroqueviller comme un pantin difforme dont les cordes qui le tenaient debout s’étaient distendues. Ainsi positionné, je ressemblais à une crevette décortiquée dont chacune des pattes grouillantes cherchait en vain à se protéger le ventre. La colère se pointa et explosa. La tempête me surprit tout autant qu’elle me réconforta. Il restait dans cette dépouille assez de feu pour réagir! Parce qu’avec ce putain de physique déclinant, j’avais également perdu toute trace de désir. Là où, il y a peu, je puisais créativité et orgasmes, je ne trouvais qu’un caveau de cendres poussiéreuses. Cette pensée me déprima aussitôt. Je portais le quotidien comme un rideau de pluie; je traversais le temps pris dans une souricière qui me frappait et me fendait jour après jour. Qu’avais-je commis de si terrible pour mériter un tel calvaire ?

Mon corps criant, je le supportais malgré tout. En silence continu et en solitaire. J’étais souffrant et debout. Comme un homme. Un vrai de vrai. De ceux qui traversent le désert presque nu en se riant des brûlures et des vautours carnassiers et qui dansent sous la lune en hurlant. Pourtant, en ce moment même, je me sentais totalement écrasé et incapable d’étirer ne serait-ce qu’un côté de ma bouche pour montrer férocement les dents en signe de défi à la vie ou encore de sourire ironiquement devant la situation. Depuis que j’avais pris conscience de mon désir de paternité, ce cirque cauchemardesque dont j’étais le clown de service aplanissait tout mon enthousiasme. Comment pourrais-je amener la vie et disparaître aussitôt ? Je durerais bien quelques minimes années, mais la peur de laisser un fils orphelin et une mère dans le trouble paralysaient toute tentative de relation sérieuse. Plus la souffrance me retenait, plus je creusais une tombe d’isolement. La hantise de mourir demain scellait mon destin. Ombres et détachement.

Bien sûr, aucun diagnostic n’était officiellement tombé malgré que je redoutasse un salopard de cancer du pancréas, du foie ou des intestins. Les tests de sang n’offraient pourtant que normalité là où le martèlement perpétuel faisait douter. Demain, s’il n’était pas trop tard, je passerais sous la technologie moderne pour me faire lire le destin directement dans les tripes et enfin relâcher un peu de cette tension amené par l’inconnu. Comment se faisait-il alors que dans cette bourrasque matinale je fusse encore capable de rêver ? Tenace, un petit bout de ciel s’entêtait à rester ouvert. Il laissait filtrer un mince filet de lumière bleue qui, me frappant de temps en temps, agissait comme autant d’électrochocs dans la bataille qu’était devenu mon quotidien. Ces fugaces éclairs me révélèrent enfin… Dans ce jeu lumières kaléidoscopiques, tu m’apparus, et la force de ton amour embrouilla ce diagnostic fatal.


Espoir

Je suis un point. Pas une ligne ou un pont. Pas même l’arête tranchante qui divise ou dirige la forme. Un simple point. Indistinct dans la nature. Je suis une étoile morte au firmament des unions. Un petit caillou solitaire et flottant qui souvent se retourne, mais jamais ne se projette en avant. Avalé par le vide, bousculé par les tempêtes, retenu en son centre.

Je suis une cavité sombre, une caverne tumultueuse, un corps calciné. Je trace à la craie des traits de lumière. J’efface à la main l’imposant écho des siècles d’obscurantisme. Je décris en courbes brisées l’agitation de mes peurs. J’écris en boucles et déliés sur mes os fracturés. J’en perds le fil. Le temps clignote. Il me lance d’avant en arrière, de haut en bas, me fracasse et m’explose.

Je suis un axe routier accidenté. Je gis entre les mondes d’hier et de demain, éclopé. Je suis la panique originelle qui conduit aux cachots. Celle qui empêche d’expérimenter, de vivre, de croître. Entraîné à écouter l’acquis et le connu, je me console des cloisons de cette prison. Je racornis et m’assèche, me coupe et m’éteins. Je suis un point perdu dans une partie à compléter.

Une brise souffle du nord. Le froid scintille. Portant comme tout bagage sa nudité, une étrange étincelle frappe à ma porte. Elle se dépose silencieusement et ravive ce corps nécrosé. Une fibre à la fois. Un muscle à la fois. Mes membres ankylosés goûtent encore la peur et le doute. Ils s’éveillent acides à cette chaleur continue. Toujours lové et protecteur de mes certitudes, je m’effrite petit à petit.

Je suis un point culminant. La condensation ultime avant l’éclosion.


Oraison

Une évidence. Portée par le vent. Celui de mes déplacements récents sur des milliers de kilomètres à qui j’ai offert la légitimité de me décoiffer, un peu, juste assez. De me brasser les idées et de ralentir ma chute: ce déclin entamé depuis déjà trop longtemps. À force de me corrompre, de me juger, de me soustraire du jeu plus souvent qu’autrement; j’ai brisé petit à petit la coupe argentée gorgée de vie. J’ai grappillé des pierres et des rochers dont je me suis lesté les poches. Toujours plus lourd. M’assombrissant sans me salir dans un dédale creusé sous ma terre fertile. Me cachant du grand jour comme du grand esprit dont l’apparat et l’ampleur m’effrayaient. Un trou. Une tanière protectrice creusée à l’arraché avec peur et envie. Instable assurément. Lentement, comme toujours, j’ai ajouté des poutres pour tenir l’édifice, pour ne pas que tout s’écroule et que s’écrase sur le sol dur mon squelette décharné ou que le poids des jours m’étouffe. Acharné à en perdre l’entrain. À force de faiblesse, le doute s’installe. La maladie se fait un nid, grandit silencieusement et entame la fondation. L’âme ne sait plus. Se jeter aux orties ou s’élever encore? Éteindre la lumière ou se battre au soleil? Ce dilemme anormal donné seulement aux porteurs de conscience et de choix me porte à écouter l’écho de la caverne. Qui se répète. Se répercute. Se bute. Se console en solitaire entre les paupières closes de mes rêves endeuillés. Comme ce dragon maintes fois manifesté. Brillant de l’éclat solaire sur fond d’abysse nocturne.

Noir et or. Le jour mange la nuit ou la nuit habille le jour? Vide et plein. En mutation constante. De quoi perdre ses repères si les sens dorment. Malgré le voyage, les miens demeurent muets, sourds et aveugles. À trop vouloir donner une direction ou condenser l’indomptable, je me coupe du lien qui éclairerait mon chemin. Je tourne, je cours, j’avance, je piétine, j’attends, je m’élance pourtant. Sur la route se trouvent plusieurs croisements. Des ramifications infinies donnant toutes sur une issue différente. Mais à bien regarder, à vol d’oiseau, la trame qui se dessine à même les tracés entremêlés pointe toujours dans la même direction. Circulant adroitement les unes sans jamais croiser les autres, ces chemins uniques mènent assurément à une issue similaire, une suspension finale entre les pointillées.
Elle est là l’évidence portée par le vent dans le non-sens du déplacement, dans le temps et dans l’espace. Celle qui m’a catapulté sur le bord du précipice pour que j’entrevoie la faille avant de m’en éloigner. J’aimerais ne pas m’écrouler. Pas maintenant du moins. Et j’aurais besoin d’appuis, de mains porteuses, d’un périmètre circonscrit fait de cœurs et d’oublis.

En attendant la grande fin, je décide de ne plus être dissident de mon existence.


D'amours et de pertes

Il faut dire que j’étais né sur une planète différente . Je n’avais pas les oreilles pointues ni le teint vert, mais mon routage initial ne correspondait pas à la programmation classique en cours sur notre monde industriel. Pendant une longue période je ne faisais qu’exister, le regard flou à contempler au dehors de moi, nonchalant, inactif. Je regardais le monde et ses couleurs sans me laisser atteindre par les mille et un stimulus qui incitaient à l’action. Passif, mais émotif.

Déjà, très jeune, j’éprouvais une fascination pour le sentiment amoureux. Le barde philosophe cherchait principalement à comprendre, mais par-dessus tout à combler le vide affectif par une relation particulière. Du haut de mes six ans, j’inventais un futur avec des rapports familiaux où le noyau serait constitué d’un amour vital scellé par une multitude de marmots. Huit, que je rêvais. Dès lors, la concrétisation de cet objectif silencieux m’obséda. Avec le temps, j’en vins à oublier le désir d’enfants et la famille, mais au travers de modèles comme Don Quichotte et Don Juan je goûtais diverses forces de l’amour.

Dans l’adolescence, encore plus dans la tête que dans le corps, l’idéal romantique de Don Quichotte me guidait. Ce chevalier à la Triste Figure avait jeté son dévolu sur une paysanne qui ne le connaissait pas et il lui dédiait ses aventures. Son engagement envers sa flamme, sa rigueur sentimentale, son attachement à l’idée qu’il se faisait d’elle m’hypnotisait. Combien d’années ai-je pu perdre dans le lit de l’imaginaire à fantasmer sur ma Dulcinée, tapi dans l’ombre de mes expressions retenues. Fidèle comme pas un à cette image rêvée, troublé, cherchant à me faire voir et reconnaître par la belle qui vivait quant à elle dans son monde rose bonbon, avec M. Charmant. Sur une période de plus de dix ans, elles furent deux en tout, ces âmes douces, à recevoir mon attention chevaleresque. Ces objets de quêtes s’effacèrent difficilement et tristement. Le jour où j’exprimai à l’une mon amour secret le charme se rompit. Le voile se dissipa et la réalité apparue nue et cinglante. Mettre le rêve en lumière révéla l’absence d’amour puisqu’il ne restait que les poussières du temps passé et les échos effacés de leur présence. J’en ris et me laissai glisser hors de ce piège.

Ma nature émotionnelle se nourrissant de passions, je retournai rapidement à la conquête de l’amour. Je délaissai Don Quichotte et abordais Don Juan. J’étais maintenant séduit à toutes les sauces. À gauche, et à droite, et en haut, et en bas. Et rapidement. Et follement. Et gracieusement. Je me plaisais dans la séduction. Ce jeu fou qui soumet les joueurs à se partager de l’attention et à s’en nourrir. Un vide à remplir: un regard à trouver. Une douleur à atténuer: une baise pour l’aplanir. Chasseur circonstanciel je m’offrais le sexe transactionnel que je ne payais surtout pas en argent comptant. Intransigeant et soumis, je prenais sans compter tout ce qui m’était offert ou que j’avais fièrement conquis. Ma couleur vive et mon mystère aidèrent beaucoup. Je prenais et je donnais un peu de moi en échange. Très peu. Juste assez pour garder le lien ouvert en cas de nécessité . Fermé à une suite sentimentale, apeuré ou appauvri, je cherchais pourtant le coeur des choses, cette rencontre inédite et magique qui me transformerait de fond en comble.

S’il m’arrivait de me questionner sur la raison de mes échappées brutales, je pouvais y discerner un sentiment d’insuffisance. Je restais convaincu que n’étais pas assez aux yeux des autres et ce dans toutes les sphères de mon existence. Dans mon aspect physique de gringalet, dans mes rapports sexuels trop courts, dans ma difficulté à me fixer des buts ou entrevoir le moindre futur, dans ma précarité financière, dans mon état de santé chancelant, dans un manque de masculinité… Il y aurait toujours un prince ou un bum au coin de la rue qui se présenterait et détournerait l’attention que j’avais réussi à capter chez une amoureuse. Toujours. Je le savais pertinemment, j’étais bâti de cette façon. Je surfais d’une marée à l’autre quand la vague se présentait et je n’arrivais que rarement à me déposer si ce n’était qu’en y ajoutant une pincée de volonté pure, ce qui épuisait aussi toutes relations saines.

Ce jeu d’échappe et d’attrape en devint caractéristique de ma quête amoureuse qui perdura parce qu’encore je pressentais fortement cette cible au fond de mon coeur.

L’an 2016 et les étoiles d’août m’apprirent à m’ouvrir plus sincèrement devant l’autre ainsi qu’à concentrer mon regard sur mes forces intérieures. D’insuffisant je devins suffisant. Présomptueux même. Imbu comme le coq dans la basse-cour. Plusieurs poulettes ravissantes, aucun désir d’union. Juste la prétention d’être bien dans cette situation. Ne cherchant pas plus à séduire qu’à me lancer dans un duo unique, mais prenant au passage câlins et douceurs. M’ouvrant à cette forme d’amour que certains nomment poly. Poly amour, non pas poly game. Chez moi, pour l’instant, l’intimité unique ou plurale des corps reste exclue. Suffisant à souhait… Ce changement de perception m’amena face à un mur.

Une montagne s’éleva hier lors de mon passage à la plage municipale. Je regardais les familles fourmiller. Les enfants jouer, crier, courir. Les mères planifier et papoter. Les uns dans la vigueur de la jeunesse et les autres dans l’affaissement graduel des chairs. Le soleil tombait sur le lac et mon questionnement n’en fut que plus éclatant. Pourquoi cherchons-nous à nous accoupler ? À nous mettre en couple ? Je m’aperçus alors que je venais tout juste de mettre en doute les racines de ma quête, de réduire en miettes le dessein de toute une vie. Une perte de sens qui me confronte à présent. De cette perte j’espère tout de même trouver une justesse plus grande dans l’acte d’aimer. J’aurais la patience de découvrir.


Ce jour

Ce jour est comme tous les autres
Une contrainte à l'éveil
Un pas de plus vers l'avant
Quelques phobies passagères
Quelques rencontres étrangères

Ce jour traîne son fardeau
Entre deux soleils paresseux
S'étirant longuement
Dans une course molle
Jusqu'à ce qu'il s'épuise
Timidement

Ce jour s'incarne encore
En milliers de regards vides
En une mosaïque d'êtres solitaires
Qui cherche et cherche encore
À s'identifier ou à se retrouver

Ce jour se fait discret
Caché dans une profonde noirceur
Il se soustrait à notre perception
D'une façon ou d'une autre
Laissant naître l'imaginaire
D'où germent les rêves et les angoisses

Qui se veut maître alors
Lorsque le jour s'essouffle
Et qu'il cherche à se reconstruire
À partir de brides mémoires
Étranglé par les souvenirs et les projections ?

Est-ce un calque de réalité
Ou un masque d'illusion
Qui habite ce corps
Depuis ce nouveau jour
Ou tu imprimas ton regard
Sur cette âme coulante

À qui appartiennent ces yeux d'or ?
À toi, à elle ?
Qui transmet ? Qui reçoit ?
Ne serait-ce qu'un reflet
Le miroir sacré d'une rencontre
Qui perturbe l'axe des jours ?

La folie des hommes est de nier
L'insolence du jour
Lorsqu'il les prend à bras le corps
Et les entraîne contre leur gré
Dans ces espaces ambrés
Dont, de tout temps, ils ont rêvé.


- Lines -

There is a line
A thin and tense one
Some wants to reach it
Some wants to break it

Some wants to walk it
Balanced on the tight wire
Afraid of falling down
But still dancing at ease

Some are tied down with it
An overly restrictive leash
Keeping them to escape
Like a sad dog on rainy day

Some wants to shrink it
Trying to bring closer
Both endpoints
Shifting from line to a single dot

Some also built their own
Walled mindset
Unwavering, impregnable
Protective yet isolating

Dreams, goals, wounds, paths
All drew as lines
Really straight ones after all
Merging with each others
Or opposing their strength
Until loosening
By any means necessary
Might it be rupture, death, cut

Usury, relaxation, acceptance
Pick up the line
This final one
Swallow it down
Loud thunderbolt from the sky
Wake up call
Confirming the end
Until new crops could grow
On unravelled figure


Stars

A rock that floats : a star

Dead dark matter
Reflecting light
Of any other beings

2 arrows of destiny
Pointing south
Where the sun rise the most
Slowly burning you down

Leaving only ashes
Those tiny particles
That floats

Until they become another rock
in the infinite sky


Enter one

Enter one, just one.
Everyday searching for common ground,
outside, beside, and in any other corners too.
Enter one, look for more
Always been that way
Rolling thunder in a river flow
Floating over the rock
Defiyng gravity
Rushing out of the stream

Hiding, dreaming, tempting

Enter one, again
Until dawn
In a myst of uncertainty
In a bliss of peach body flowers
Where poetry can survive
The dry thirsty soil

Proving me wrong
Enter one, one last outright drop
one overlasting soaring
one more delight
one heartbeat
one love
An open one

For you

(*


Rappel

I am not. Je ne suis pas. Négation, non dit, non sens, normes. Je ne suis pas à pas un pied qui s’emmêle les semelles, ni un bras qui se secoue les bretelles. La sève sèche sans ce soleil. Le sang encercle et s’accumule en certitude cancérigène. Une végétation étouffante rabroue le sentier. Sauvez-nous d’ici. Entre l’espoir et l’extase. Retroussez-nous les instruments que nous nous éduquions adéquatement. Rabattez-moi les oreilles encore jusqu’à l’explosion. Alors vous verrez ces envies de m’ébattre contre le consensus s’exprimer, se comprimer, se venger aussi. La vulgarité. Singularité. Déficience du système qui défie tout entendement. M’écouterais-je encore jusqu’à demain ? Me définirais-je par comparaison ? Me suggèrerais-je de m’entendre dans mes murmures étouffés ?

I am not. Je ne suis pas. Je ne nous poursuis pas. Pas à pas. Sans ceinture ni clôture. Sans droiture, sans fractures ou fragments. Je ne nous ment pas non plus. Plusieurs heures se sont envolées et tu sais que je sais, maintenant. En m’arrimant à ce message qui me demande de mettre les gaz tandis que le vide s’installe inexorablement, confortablement, je m’observe et m’obsède de mes bouleversements. À moi! Crie-t-on. À nous! Prie-t-on.

Reprenons. I am not... Je ne suis pas. Pas encore, pas totalement, mais imperceptiblement en état de réanimation.


En avant ...

Long et lent. Par delà l'élan aller de l'avant. Sauter dedans. Se sauver à temps. Prendre une tangente. Aveuglément. Volontairement. Avantageusement. Entrer dans le rang.  Se casser les dents. S'encrasser, forcément, en attente du tournant, les pieds ancrés dans le ciment. Vivre latent. Dormant. Somnolent. Desséché sous soleil de l'empire du levant. Et là encore... réagir à bout portant, quelques moments en mouvement, suivant la mouvance des vents turbulents.

Questionnement. Déracinement.

Et suivant l'éclatement l'informe se confine. Se condense. Se concentre. Entre aise et divergence. Poursuivant un étrange balancement où l'équilibre fait semblant. Où la distance varie infiniment, sans trouver de constance. Les éléments contrariant tout le temps les battements réglant le rythme. Une déveine pour les amants que ces pulsions asynchrones. Un accident familier, répété, présent.  Sentiments blancs sur fond de silence. Envahissant. Tournant sans cesse en soi et en pensées. Émoussant la passion, engourdissant le présent, ce fragile espace.
Non-lieu. Non-être. Néant.

Par la suite, partir en vrille. Perdre patience. Emportement. Savoir pertinemment se comporter mais tout déformer.  L'écoute comme une bouteille vide sur l'océan tempête. Fragile coque tremblante proche de l'éclatement. Des poches de colère. Des œillères de crabe carnassier s'ignorant totalement. Sombrer profondément. Et souffrir aussi. De se désister. Ou de résister. Envier l'avenir. Celui des promesses de proximité implantées dans le subconscient, celui des rêves d'enfants. S'en faire de devoir s'oublier pour avancer. Prendre les devants, pour une fois, et s'échapper calmement !

(*


Trompeur

J’arrivais de Mexico où j’avais participé à la fête des Morts. Pendant plusieurs jours, nous avions chaussé masques de feu et couronne d’éther sans direction commune, errant de par la ville comme des chiens fous. C’est dans cet état, tout juste de retour, que la police provinciale m’interpella. Il leur semblait louche qu’un blanc-bec osseux se traînasse avec une valise noire. Pour m’assurer d’une douce continuité de voyage, j’acquiesçai à leur demande d’ouvrir mon attaché-case. Qu’avais-je à cacher qui ne saurait leur plaire ? J’ouvris ainsi le couvercle et il me stupéfia qu’ils ne vissent point l’abribus et le gaucher. Ils trouvèrent surtout, bien rangés, une panoplie de revues érotiques d’époques, quelques sous-vêtements poussiéreux, et un couteau suisse presque neuf d’où suintaient de petites gouttes rouges. La peur leur pris et sans ménagement ils me commandèrent de lever les bras tout en me menaçant de leur arme de service. Quelle hypocrisie que leur réaction; ils ne surent répondre à la réalité que par une habitude bien huilée. Pendant que j’estimais la fuite improbable, le gaucher héla un taxi qui passait par là. Toujours en joue, je lui demandai de se taire. Me croyant parler seul, la patrouille me prit pour fou dangereux et me plaqua au sol. Heureusement pour moi, je m’accrochai un pied dans la valise ouverte et y tombai. Quelle vaine surprenante qu’au même moment, un autobus s’arrêta devant l’abribus et me permit d’y entrer. Après mon errance au Mexique, peu m’importait la destination vu le danger qui me menaçait au-dehors. Les deux agents stupéfaits de ma disparition se questionnèrent quelques instants, prirent la valise qu’ils défoncèrent, enragés. Confus et sans réponse, ils lancèrent les restes de leur méfait dans le bas fossé et repartirent en se jurant de ne parler à personne de cet incident. Quant à moi, je m’arrêtai quelques stations plus loin avant de m’engouffrer dans le métro le plus proche.

Si parfois l’improbabilité se présente à vous, tâchez d’y croire. Elle cache certainement une vérité trop énorme pour être reconnue.