Il y a quelqu’un là, pas vraiment ici, mais là, à portée de vue si ce n’est à portée de main. À un coin de rue tout au plus, à un contretemps près, qui, sortie des limbes ou d’un rêve, vint s’excuser auprès de mon corps de ne pouvoir suppléer en présence plus que l’aléatoire du moment. De si justes excuses que l’argumentaire et le glossaire occultèrent tout autre propos et occupèrent une place accablante auprès de l’âme de l’homme prude. 

Difficile de récupérer, après cela, l’heure juste. Ajusté à l’hors du temps, à lorsque ce n’est plus ordinaire, à l’extra terrible sentiment de devoir s’y faire seul après tant d’attentes enfin satisfaites. Pas tant que ça, tout de même, si je reste sincère. Pas tant que ça si je compare a l’apothéose des lunes sauvages auxquelles j’avais osé rêver un jour de lucidité déconcertante.

Comme dans tout songe, le créateur s’y racontait des certitudes à venir, puisqu’il en était le fondement. Des vérités sensibles qu’il goûtait intimement, en solitaire évidemment, la main prise entre deux jeux. Dans une manche, un as brûlant, assurément, mais dans sa main, un carré de deux, imperturbable, avec lequel parier.  Épris de justice, ou par peur de se faire deviner, jamais il n’aurait triché… mais il rêvait du moment où dévoiler son jeu serait chose faite. Parfois le mur tombait et les oiseaux chantaient derrière la paroi opaque qu’il s’acharnait à tenir contre coups et remous, rebouchant, raboutant, recousant, s’épuisant à éloigner sa pensée de l’as assis sous son chandail qui mettrait en poussière tout opposant au pari. Pari qu’il tenait surtout avec lui-même de jardiner à jamais la même terre, dût-il s’y creuser une tombe prématurément. Obtempérer à son tempérament instable était hors de question. Céder aux sentiments contradictoires lui causerait également une fracture souffrante dont il se remettrait difficilement. Tout ça, le rêveur le savait, le voyait et l’estimait en sourdine. Soupeser, se souvenir, comparer, compiler, calculer. Quel endroit étroit pour s’accueillir que le calcul.

– Et le coeur? Et l’aventure? Et l’expression? se demanda-t-il soudain avant de céder abruptement au pari de la vie.

Pendant que je rêvais encore, la réalité s’était interposée subtilement me proposant un parcours parfait. Je pouvais superposer, voire arrimer, mes chants nocturnes à mes propos projetés. Une magie intemporelle se produisit. Je fus saisi. Un éclat de liberté était entré, pour une fois, par la porte principale. Optimiste, j’optais pour la pratique de l’ouverture et me fit prier de ne pas me méprendre. Méthodiquement. Un silence à la fois.

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