– Regarde, ça brille!

Une émotion. Tout comme un sentiment luciole. 2 états distincts: allumé ou éteint. Éblouissant, quoique furtif et fugace. Nécessitant un éclairage particulier pour être perçu. Binaire. Sans nuance. Oui et non; oui ou non! Traversant rapidement la frontière visuelle, le temps de tenir son souffle et hop, disparu. Le ballet du feu-follet perdu à jamais. Entre les branches le murmure du vent. Le scintillement collé sur la rétine et l’étonnement suspendu. Traînée fragmentée de points lumineux qui s’estompent au ralenti, le souffle toujours retenu à rêvasser au retour de ce moment captivant. Le cerveau bouillonnant d’attention pour ne rien manquer. Deux yeux prédateurs scrutant l’obscurité. À l’affût pour saisir un peu plus de magie. En interrogation profonde du mode d’emploi pour capturer l’insecte lumière… pour l’observer de près, sans plus, et jouir encore de la perpétuelle surprise de son état. Pulsation rythmée de l’étoile miniature qui s’offre en spectacle sans conscience propre de son éclat. Inversion des rôles. Spectateur silencieux et avide. Captif malgré lui. Alerte. Une poussière de lune dans l’œil. Délaissant l’autre. Et l’autre. Et l’autre. En mode binaire lui aussi. Sans nuance. Totalement absorbé. Blanc. Radieux par contagion. Jusqu’à la levée du jour où le sentiment luciole disparaît dans la lumière trop vive du quotidien.

Pour l’entomologiste que je suis, il faudrait peut-être aussi des sentiments lucarnes* pour me tenir à carreau!

Lp (*

* insecte de la famille du coléoptère.