À trop penser, à surveiller tous les détails, à les analyser, les triturer, les fouiller, les lier, il peut arriver de se retrouver avec un casse-tête gigantesque. Peut-être même un casse-tête reconstruit avec une toute autre forme que celle initialement prévue. La logique des pensées s’emboîte sans ordre précis, sans frontière forte où s’appuyer. Si les contours restent indéfinis, le dessein aussi. Pourquoi se mettre tout d’un coup à agripper une idée et vouloir la préciser dans le monde intérieur. Parce que l’ennui veille ? Parce que l’activité cérébrale est un calmant pour le corps ? Parce que cette réorganisation de pensée permet de revivre une émotion ? Parce que la quête de sens nous frappe ? Pour rien, parce que c’est comme ça? Il faut bien s’attarder à quelque chose. Mettre le focus quelque part. Regarder le vide endort la vigilance et celle-ci est importante pour survivre au quotidien. Sinon, des renards futés s’attaqueraient à notre intégrité, prendraient plaisir à titiller la peur en nous et saccageraient légèrement  l’ordre durement établi. Par la suite, s’il y a faille, après les futés renards, apparaîtraient d’autres menaces plus mordantes qui elles, seraient impitoyables. Mortelles menaces glissant sous la vigilance endormie.

Alors, on s’affûte la pensée. Jour après jour à construire des mondes invisibles, sensés ou non. Des châteaux de cartes, fragiles échafaudages qu’avec patience nous déployons, toujours plus haut, pour atteindre la raison, pour se donner raison de croire l’hypothèse de départ, celle qui ressemblera fortuitement à l’image du puzzle nouvellement reconstitué. Quelle étrange jeu! Souvent solitaire en plus. Jusqu’à ce des appuis externes, à qui l’on partage sa vision, viennent cimenter la forme. Et plus il y en a, de ces appuis, plus la base devient solide, réelle, tangible. Et plus il y a possibilité d’ajouter des étages à nos constructions. Et plus aussi il faut se protéger des intrusions, encore. Cycle vicieux. Recyclage.

Vivement les jours de pluie qui m’offre la paix.