Je vis l’amour entre parenthèses, isolé dans une bulle ouverte et confus de ne pas retrouver la même structure à l’entrée qu’à la sortie. Chaque parenthèse est une femme qui m’entoure d’une aile protectrice. Celle de gauche, immuable, porte d’entrée de toutes les histoires, est sculptée dans le marbre par l’éducation maternelle. Fortement enraciné, elle teinte, de son rayonnement, chaque pas entrepris vaillamment vers l’avant, vers l’aventure d’une vie à deux, vers l’aile fragile — et variable — qui épouse la courbe fermante de celle de droite. Je vis l’amour entre une parenthèse mère et une parenthèse amante et entre les deux, je tente d’allonger le vide initial pour y semer un axe fort et y inscrire un récit authentique. Je suis le pivot central qui relie ces deux pôles aimantés. Ni trop projeté, ni trop retenu. L’équilibre des forces est fragile dans l’univers du cœur ! Et que dire de tous ces mots qui s’étendent au dehors de l’aire protégée ? Ces mots qui forment la trame dense de mon récit. Ce sont des pigments colorés qui stimulent l’appétit. Ils tendent innocemment des filets et tirent des ficelles invisibles pour détourner l’attention au-delà du cocon protecteur des ailes parenthèses. L’amour est une parenthèse savamment imbriquée dans le flux de la vie. Une pause de sécurité dans un monde en perpétuel changement. Je pourrais trébucher en essayant de l’éviter. Me relever plus loin demi-conscient, poursuivre la route jusqu’à ce qu’une autre se présente… Mais je pourrais aussi densifier tout mon univers, présent et passé, pour l’amener avec moi au creux de cette forme et y vivre indéfiniment.

J’aspire à vivre l’amour librement, simplement, inclusivement. Un mouvement intégré dans le flot continu de ma vie où la totalité des  rencontres s’imbriquerait fluidement entre les parenthèses initiale de ma naissance et finale de ma mort.