Il est formellement interdit de rire. Formellement interdit de se sucrer le bec. Follement interdit de s’accentuer sur la ligne directrice. Un arrière-plan d’interdits, de freins, de coupures d’élan et de range-moi-ça-en-vitesse-cette-folie-là ! Un héritage d’embourbé à dépecer à la petite cuillère pour mieux se trouer et se trouver de l’air. Rembruni par les déjections de l’usine mémoire qui déborde sur le présent et empeste. À soi, la puanteur est presque saine, du moins habituelle et régulière, tenace, mais appréciée. C’est mon odeur après tout. Le canevas olfactif qui me réconforte les jours de solstice trop longs. Qui me suis aussi régulièrement qu’une chaussette d’hiver molle et confortable. Mais aussitôt que l’autre arrive à portée de nez, ces effluves odorants percent la matrice de l’union et viennent écœuré la sensibilité insoumise du partenaire. C’est la parade de la moufette. Personne ne veut prendre le temps d’essuyer l’âcre et l’acide, de citronner de jaune la bouette grisâtre ou de peindre une murale colorée sur le masque atmosphérique. Quand bien même ils essayeraient, l’intouchable au centre tente d’esquiver les sourires francs. Il a encore tellement la peur au cul de l’amour qui lui pousse par tous les pores. C’est un plan épique en plusieurs étapes et en moment précieux que de vouloir avaler le voile pour éventuellement l’absorber à jamais. Repousser aux confins du cosmos et de la cosmologie familiale et sociale toutes traces d’incongruité qui prend par la taille et enserre dans des carcans dépassés. Prisonnier aussi des appels à l’aide lancés, tendus vers le dehors, entendus, mais ignorés. De multiples lignes d’écoute brisées, hachurées ou fragmentées par l’hermétisme de la bulle. Ce qui y entre ou ce qui en sort est perpétuellement filtré. Nettoyé. Poli. Le train de l’élan véridique ralenti par ce travail de conversion de la conversation. Ne me connais pas qui veux, mais qui a le temps de décoder. Ce sacré temps, si précieux à chacun, qu’il ne peut en investir trop en détective d’une émotivité ermite et qui, lorsqu’il se bute à une couche opaque, baisse les bras, les yeux, la tête et reprend son chemin tout en laissant aussi tomber de lourds reproches. Approche trop difficile. Amorce sans accroche. Amour sans lendemain…

[…]

Au centre du jeu, la cible est vivante et vibrante. Prête et enthousiaste. Également dynamique dans l’effort lorsqu’une lumière filtre dans les ombres. Chaque passage du rayon offre un ancrage. Ce n’est plus qu’une vaine poussée, mais une attraction qui décuple l’aspiration à la liberté. Parce qu’ici, la liberté, c’est s’extirper de la camisole de force qu’à  force d’éducation je me suis moi-même attaché. Force de loi et d’ordre. De discipline personnelle. Souplesse et senti sont harnachés aux conventions. Cimentés. Pétrifiés. Dès lors que l’amour approche, je retourne m’isoler dans la camisole pour tenter de comprendre ou me sécuriser. 3 fois passeront et je serai encore là. Les mains tendues. Dans l’espoir que tu gardes ta lumière présente. Avec cette seule envie de sortir du trou. De te prendre la main et que nous allions ailleurs. Loin de la folie irrationnelle de l’intérieur. Il est si simple de s’accorder de l’importance et d’oublier le dehors. Le dehors avec les éclats étourdissants de tous les êtres le zébrant sur leur trajet aléatoire. Et toi et moi, sur la route de la conviction personnelle, en avons perdu le contact. Ces mains apaisantes sur le cortex émotif. Ces doux contacts, rassurants et aimants, qui commençaient à creuser un sillon d’intimité, une sorte de tunnel pour passage supersonique entre deux authenticités fragiles. Un lien de lumière permanente nous permettant d’oser l’aventure de la liberté avec plus de sincérité… et d’équilibre.

Ce jour de mai où le ciel se remplira du parfum délicat des lilas, par un hasard incroyable ou par la volonté céleste — qui sait — la terre tremblera et avalera les réflexions inutiles pour laisser une crevasse si grande dans l’enceinte de nos personnalités que toutes velléités disparaîtront au profil d’un retour de      la     certitude !

[notice title= »Réessayer la lecture à voix haute avec cette musique » html= »on »]05 Endless Park[/notice]