La peur comme un Velcro™ ou une barbe à repousse-poil. Revenir faire frire les oignons. Adoucir la recette. Pourquoi ne pas s’échapper des nœuds et se glisser sur le Zipper. La trace est toute simple, une ligne droite et dentelée. Un vieux chemin édenté. La peur est comme un Velcro™ et les pattes des mouches collent au plafond. Celles des lézards aussi. Un style spécial ventouse pour mieux s’agripper. Comme ils sont certains de ne pas tomber, ils n’auraient jamais idée de vivre le vertige. La vie est un vertige transparent. À couper le souffle. […] Retenue. Inaction. Descente vers l’abîme. Je crois que c’est ce qui fait peur. Le Velcro™ pourrait se détacher. N’attraper que son contraire, mais non, il s’accroche à toute structure. Il crochète les défenses des uns et des autres. La peur est un Velcro™ de trop. À arracher comme un sparadrap, ou une bandelette de cire sur la jambe à épiler. Un simple mouvement brusque et volontaire, une douleur minimale pour un résultat lisse et sans accroc. Je prendrai bien un bain brûlant pour fondre la cire et ne pas avoir à m’arracher une larme. On sait bien que les hommes ne pleurent pas. Ne devraient pas geindre. Ou gémir. Ou se plaindre. Je pleure sans plainte. Les trop-pleins surtout. Les trop de mots qui s’agglutinent en une boule compacte et froide quelques pouces au-dessus du nombril. Boule qui monte et qui remonte l’œsophage pour se vomir en flaque étendue sur une page ou sur une scène. Au-delà des retenues, il y a les torrents. Ceux-là, ils sont insensibles au Velcro™. Ils prennent leur élan et s’avancent sans hésitation. Ils s’éclaboussent. Explosent. Vibrent. saumon-photomontage-Louis-Philippe-DayL’inspiration est un saumon remontant le torrent. Vers la source. Au lieu de naissance. Avec toute l’énergie du monde, instinct primitif, vitesse en prime. L’inspiration est un saumon sauvage.Libre. Sautant de remous en remous avec comme seul but la victoire du retour. Sans autre obstacle que de survivre à l’appétit vorace de l’ours. Coup de destin tragique pouvant arriver sans crier gare. BANG. Derrière la tête. Arrêt brutal de l’élan en pleine envolée. Dix tonnes de brique sur la nuque. Pour finir dans les entrailles d’un prédateur, déchiqueté plus efficacement que par la tondeuse à gazon. Déchiqueté et digéré. L’inspiration est un saumon mort. Un squelette aride d’arêtes en décomposition. Puant aussi, si on lui laisse le temps. Sentant le cycle digestif de la nature après un printemps capricieux et humide. Est-ce là un destin plus tragique que d’être ralenti ou scotché par la peur Velcro™. Je crois bien que oui…

Il fait amour quand l’eau fond et qu’au fond de l’autre la nature s’éveille. Assis sur des vapeurs enivrantes de phéromones clandestines, je touche la brume fumante des tonneaux fuyants. Je contemple, jambes croisées, respiration lente et profonde, l’impact cartésien des rêves éveillés. Le voyage immobile emporte la gravité au loin, au-delà des seuils critiques, jusqu’ici intolérables. La paix repousse la peur. La plante pousse par elle même. Le brouillard adoucit le mordant de la réalité. Adoucit et fait naître des images nouvelles, pures créations fantaisistes sur toile couleur coton. Projections animées. Muettes sans notre voix propre de commentaires inutiles. La toile flotte au vent. Je sème des drapeaux.

La peur est un Velcro™, l’inspiration un saumon et l’amour… une vapeur chlorophylle.