J’ai encore un père
Un père prisonnier
Un père prisonnier de son corps
Un pas perdu
Pour un homme
Qui prend la vie au pied de la lettre

J’ai un autre père aussi
Un père particulier
Un père absent
En parallèle
Battant le tambour
Dans un trou de mémoire

Le premier parti trop tôt
Six pieds sous terre
Le second s’essouffle aussi
Assis dans son squelette
Sans muscle pour le porter encore

Malade à en crever
Cet homme tendu vers soi
Sans choix aucun
D’extérioriser simplement
En mots ou en geste
Son humanité singulière
Celle qui l’a porté
Depuis sa mise au monde

Emmurer dans un corps
Faisant face au destin
Et à l’impossible pression
Du chronomètre à rebours
Qui l’amène devant le mur
Sans lamentation
De sa propre fin

Tristes histoires
À se découper l’âme
Au passage
J’ai une paire de pères
qui me confronte
à la mort d’un être cher
Des lurons provisoires
Qui me préviennent
De la finitude de la forme.
– Pour apprendre rien de mieux –

Je porte la douleur
Des adieux à venir.