Une semaine en rase campagne. Je m’abrite chez une nouvelle amie. Des hauts et des bas viennent moduler mon expérience. Une semaine à hésiter à me choisir, en attente, sans intuition majeure ni action cohérente. Jusqu’à ce matin-là où au sortir d’une douche, mon choix était fait. Ce soir, je reprends la route. Une route réparation et retour à soi.

Sans encore me douter de ce qui m’attendait comme surprise au coin gelé d’une rue Ontario, dans cette ville où les premiers flocons légers venaient endormir mon envie de bouger, j’ai répondu à l’appel. Je me devais de partager mon véhicule avec cette inconnue qui se dirigeait vers une destination commune. On m’avait glissé un mot sur la personnalité de ma passagère future, un bon mot. Du genre « super ». Assurément, venant d’une amie… Comment aurait-elle pu définir autrement celle avec qui les liens sont si étroits? De mon côté, toujours flottant dans un nuage gazeux, je n’ai pas fait attention à ce commentaire et je me suis dirigé vers mon point de rendez-vous embarquant avec moi les troubles émotifs m’habitant.

Comme il a neigé sur la route. C’était le soir du « Project Love ». Il a neigé des flocons duveteux. Des arcs-en-ciel aussi. Une multitude de couleurs lumineuses et chatoyantes. De celles qui créent le blanc en les mélangeant. Ma lumière intérieure s’est rallumée. Les ombres de mes pensées se sont évaporées. Une attention particulière s’est développée. Un désir d’approfondir. La surprise bienheureuse de la découverte. De cette découverte de tant de communs. Surtout l’imaginaire. Comme Roche-Patate et danseuse enceinte. Comme aussi ces mots échappés ou semés dans nos univers respectifs, si près dans leur nature poétique. L’âme vibrante, tu as partagé. Tu t’es partagée. Authentique. Un vent de fraîcheur a ragaillardi l’intégralité de mon être. En toi je me suis reconnu.  Vivante, créative, naturelle. La route noire et glissante est devenue claire et sécuritaire. Il émanait de ce cocon un confort inestimable.

Le hasard voulant que tu cherches à rejoindre une deuxième destination commune dès le lendemain, je t’ai naturellement offert l’opportunité de continuer le trajet avec moi. Déjà, un ancrage intime s’était développé. J’avais respiré une fleur dont le parfum exaltant me hanterait sans doute. Plus encore, ce parfum s’incrusta timidement et m’enveloppa d’un espoir fragile. Mon coeur fébrile vibra à la base. Une vibration bleu claire, couleur fée. Un tintement cristallin dont la vague s’épuise lentement. Elle y était encore lorsque je t’ai vu le lendemain. Une autre plongée dans le rêve, à m’émerveiller encore, à vouloir partager l’oxygène et rester immerger dans cette bulle ouverte.

Et puis tu es partie. Un tiers compagnon t’attendait.
Sans doute aucun, j’ai poursuivi ma route.

Un potentiel d’attraction était né. J’ai voulu le réduire au silence, mais comment l’ignorer? Tu te trouvais à deux coins de rue seulement. À distance de vue…  J’ai entendu ton appel télépathiquement. Clairement, comme une voix de narrateur au-dessus de ma vie. Et, comme je n’y croyais pas, j’ai pris soin de m’éloigner jusqu’à ce que ton coup de fil me fasse revenir à la course sur une trajectoire glissante qui céda sous le poids des obligations. Brutalement, j’ai coulé et me suis asphyxié. Très brièvement, juste le temps de noyer l’essor. Saisi, j’ai balbutié quelques mots convenus. Ils perçaient sans effort mon état scaphandre. Le destin venait de se sceller de lui-même.

Tralala, c’est ce qui traîne « à la suite de » et que l’on ignore. Un « et cetera » en plus raffiné. Une ouverture vers un monde de possibilité. Et si le destin était à revoir, je choisirais l’ouverture.  Et tout l’inconnu derrière le Tralala.