C’était un moment unique, un déclic rapide et sincère, un flash comme je n’en avais pas eu depuis longtemps. Avec toi, je n’avais pas à demander le sourire, il venait de lui-même; comme si tu connaissais par défaut mes besoins intimes. Évidemment, le cadre n’était pas parfait. Dans la composition traînait des arrière-plans jamais très flous qui éclipsaient dangereusement le sujet que je me sentais en devoir d’observer de plus près. Des arrières-temps que tu embrasais encore les soirs où j’étais hors focus. Sous cet éclairage cru, j’arrivais à mieux lire les traits d’union qu’il me faudrait surmonter.
Le regard fixe, l’œil averti, j’attendais le développement sans trop d’impatience. Je savais ne posséder qu’une unique chance que j’avais prise comme un pari fou. Il m’avait fallu trouver la spontanéité et le rythme et me laisser séduire par un moment de complet lâcher-prise. Ce moment, tu me l’avais offert au milieu de ton monde kaléidoscope. Une fête impromptue au sein de convives inconnus. Moi bien au centre, ne sachant trop pourquoi je me trouvais là, je vivais le bonheur de t’avoir assise devant moi et le trouble sympathique de l’ombre portée de ton décolleté sur ta poitrine. Ces sensations, l’obscurité, le vin et le brouhaha endormaient mes sens communs et me faisaient voyager au pays des images. Tu étais une Alice géante aux gestes hésitants cherchant à animer le chapelier fou et ses invités. Servant l’humour en nuage tassé, tu transformais des cartes routières en farandole de petits bonshommes. Tu peignais des roses trop pâles en rouges vifs, tu piquais des curiosités tout en parlant en silence au chat tigré. Puis revint la réalité tangible, celle à enregistrer dans la mémoire parce qu’elle semble magique. Magique comme cet œil curieux qui restitue formes et couleurs dans un carré de papier et sur une surface de cristal. Dans cet espace, un moment figé à jamais, un amour joyeux et libre que seul moi pourrai déceler. Sincèrement, il n’appartient qu’à moi, me l’ayant construit dans l’attente des chimies invisibles menant à l’apparition de la vérité.
Puis Paula quitta la ville sur la route des Indes d’une Amérique à découvrir; partie en découdre, et pour longtemps, avec un métier à remplir et une passion à assouvir. J’aurais évidemment préférer que, dans ces conditions, le fond blanc de l’instantané demeure aveugle. J’apprécie tout de même les rêves qui m’apportent des nouvelles d’elle et les silences qui feront s’évanouir toutes traces témoignant de cette rencontre. La prochaine prise ne pourra qu’être meilleure.

Lp (*

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Classé dans : Textes | admin | 8 septembre 2008

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