Je vis maintenant dans une grotte sympa avec un chat, un chien et une chamane. Malgré le manque de soleil, je m’y suis rapidement acclimaté à l’aide de mon gilet capuchon et de ma tuque de lutin. Ma chambre est colorée, propre et on y dort bien si ce n’est du chat qui chasse mes objets du bureau de travail à pas d’heure de la nuit. Donc, après une belle nuit où je me faisait expliquer les dessous de l’école onirique que je fréquente depuis plusieurs décennies et dans laquelle je cherchais Mo’ en m’époumonant, je me lève la tête dans le cul et les épaules pas très loin. Un premier pied hors et je me blesse sous la plante du-dit membre, à son milieu exactement. Merde, ce doit être des restes d’éclats du verre protecteur du cadre de l’Oeuvre (noté la majuscule) que j’ai éclaté en mille morceaux.
Un coup d’oeil confirme rapidement que la douleur précise et pointue ne laisse pas de trace de saignée, juste une petite bosse rouge. À cloche pied je recule, enquêteur décidé, sur les lieux du crime. Un taon adulte d’âge mûr et de grosseur correspondante git sur le sol. Un gros poilu d’un pouce de long les pattes repliées sur le torse en position du lotus pratiquait le yoga méditatif. Par miracle, mon pas leste n’écrasa que la partie dépassant du corps, soit le dard, ce qui laissa le pauvre insecte dans un état profondément comateux, voire catatonique. Il repose au soin palliatif entre une bouteille d’huile d’émeu et une agrafeuse mordante. Si dans quelques jours il n’a pas repris conscience, je l’euthanasierai et l’encadrerai en souvenir.
Comme je demeure avec une chamane, elle m’offre tout de suite le livre d’interprétation du règne animal pour que je puisse comprendre le message de l’animal. L’Abeille ( le plus proche du gros bourdon que j’ai pu trouvé ) symbolise la communauté, la joie, les festivités. Il offre à l’homme un breuvage paradisiaque et solaire avec lesquels (paradis et soleil) il a un fort lien. L’autre livre parlait de “busy bee”, l’occupation trop grande ou trop petite, son rôle à la société… Deux définitions pouvant correspondre à mon état intérieur mais ne pouvant rien faire pour calmer la morsure de l’insecte. J’y verse un whisky de 25 ans d’âge pour contrer l’éventuelle infection et je marche sur les gros orteils tant que le signal nerveux n’arrête pas de lancer des messages stimulants au cerveau.
Rétabli, je pars sur le Mont-Royal avec les hippies de services m’éclater gentiment dans le cercle des tambours. L’étirement précède la salutation au soleil. Je fais un triangle de mes pouces et index et je regarde droit dans les yeux l’astre rayonnant en le remerciant de partager son énergie. Bref, dans ce mouvement un complice du kamikaze matinal se pose sur la paume de ma main. Comme il arbore l’habit cuirassé et la taille ceintré d’une guêpe, mon sang ne fait qu’un tour. Le règne des hyménoptères, qui soit dit en passant n’ont rien a voir avec de vierges déesses, complote contre le fils du soleil. Maintenant que je suis au courant du coup d’état pour renversé ma suprématie, je resterai sur mes gardes.
Vous aussi faites attention, vous êtes peut-être épié en ce moment même par des drosophiles rebelles qui, associés aux moustiques porteurs de virus du nil, tenteront de gagner la planète entière. C’est sûrement encore un coup des Ricains…
p.s. Si je retrouve un kodak digital, je vous prendrai des photos de l’agresseur sous coma.









