Cuisinière, propre, West Westinghouse..
Comme je déménage en colocation, je ne peux l’amener.
UNE VÉRITABLE AUBAINE : 225$ négociable
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La raison pour laquelle je n’y suis plus… 
Je conduis l’autobus d’artistes nomades. More to come.
Envoutement terminé. Je dois me trouver un lieu ensoleillé pour dans moins d’une semaine. J’ai la trouille. L’effet de passage me laisse meurtri et affaibli. Where to go ? What to do ? L’émotion répète des tentatives de rattrapage, d’immobilisme. Les noeuds relationnels me tordent les trippes. J’aimerai être déjà dans cet ailleurs sans avoir à choisir.
Faire des cartons. Chercher la terre d’accueil. Se voir dans l’obligation de s’alléger. Laisser partir plus de 80 % de mes plantes chéries. Se la jouer indépendant. Oublier de manger. Se couvrir d’un masque de mort. Entendre des “Je t’aime” à répétition…
Dans le doute abstiens-toi. Dans la déroute reste droit.
*
vous en connaissez un, vous, d’appart ensoleillé à partager à MTL ?
Je suis à la croisée des chemins. Un an et demi de vie commune dont douze sous le même toit à transformer. Se séparer physiquement: elle dans une communauté d’artiste, moi… je ne sais où. J’aurais pu suivre, elle m’y a invité. Grande chambre double, amis comme colocataires, sensibilité, créations, expression. Le hic majeur, elle et lui. Plutôt ce qu’il dégage ensemble d’harmonie et d’amour. La voir s’exprimer totalement, être bien avec l’autre ne me va aucunement, moi, l’amoureux tardif qui ne commence qu’à saisir mon bien-être et ma chance de l’avoir à mes côtés.
L’amour n’ayant pas la forme voulue non plus, je ne devrais pas tant souffrir de ce changement. Pourtant, une immense tristesse s’installe. Le marais de la mélancolie m’emporte et je m’y laisserai engloutir volontiers.
Nous n’avons pas encore décidé du sort notre union par la suite, après notre passage vers ces autres lieux. La sécurité et l’intimité perdu du nid commun entraînera inévitablement un glissement de terrain. Les fondations touchées, que restera-t-il du partage commun?
Le sort se veut cruel puisque c’est pour moi la première construction commune. Celle où j’ai combattu les monstres intérieurs, où j’ai vaincu les peurs les plus profondes, où je me laissais lentement touché par la présence d’un autre.
Sans plus de volonté d’action ou de réaction, je tente respirer.
Ce matin, en route vers le chiropraticien, je passe par la ruelle derrière chez moi. Au bout de celle-ci, la dame d’hier. Dévote Sophie du Guatemala. (je lui ai finalement demandé son nom)
- Comment tu vas ? s’enquit-elle.
- Un peu fatigué. Je vis des insomnies d’une heure lorsque Mo’ n’est pas là.
- Hum, je crois que c’est le Seigneur qui travaille, qui entre en toi.
- …
Évidemment. Qu’est-ce que ça pourrait être d’autre. Pourtant, encore une fois, sa bénédiction me sauve d’une humeur grise. Il y a de ces hasards susceptibles de redresser les morts, de les dépoussièrer, et de leur rendre la vue.
Sophia, la sagesse, merci encore.
11 avril. Millésime deuxième et sept. Retour à la maison en autobus avec ma pensée parasol d’un amour tranché. Mon regard furète de droite à gauche, de haut en bas, vide dans sa grande roue orbitale. Le trajet, déplaisant à la longue, s’achève sur un arrêt demandé. Enfin le grand air. Le grand air du chanteur qui s’essaie à quelques vocalises sur un coin de rue. “Humming” d’une voix grave et pourtant emporté. Quelques pas derrières, une réponse s’enfle doucement, plus douce, plus posée. Intrigué, le baryton stoppe son élan et élance avec souplesse le cou vers l’harmonieux accompagnement. Une femme hispanophone d’une cinquantaine d’année continue tout en souriant.
On ne le saura qu’à la toute fin, sur son lit de mort. Un regard lucide vers le passé.
Dans l’intervalle, tout cela reste un choix à l’aveugle dans lequel la recherche d’absolu est vaine.
L’équation d’aimer, tout comme en science quantique, se solutionne par la seule chose qui reste exacte: l’action d’observer, nullement les résultats observés, car l’objet observé se transforme à chaque regard, chaque angle nouveau, chaque instant. La fragilité d’une relation vient donc du fait de manquer de curiosité et de saine réactivité à l’égard de tous les possibles.
Femmes de ma vie, donc, elles peuvent toutes l’être.

- Heille…
- Quoi ?
- Ben t’es belle !
- Mahhhh, niaise moi pas.
- J’te dis. T’es une déesse.
- Déesse mon oeil. Tu m’as tu regardé ?
- Certain. Plus je te regarde, plus j’ai l’goût de ta bouche.
- Ben heu …
- Come on! Laisse moi t’embrasser.
- Ben heu… ok !
Morale : Qui trop embrasse manque la fin
*texte et image par LPhilippe Day*
Je me cherche un père. Un modèle masculin qui m’apprendrait à avoir du caractère, du courage et de l’ambition. Un homme qui m’expliquerait les choses essentielles de la vie : la finance, les noeuds de cravate, le rapport aux autres, la politique. Un paternel honnête et intègre qui s’intéresserait à ma vie et qui saurait communiquer son amour. Un homme fort avec de larges mains qui me redonnerait courage en m’offrant sa poigne ou une embrassade virile. Un homme de promesses qui soulèverait des montagnes pour les tenir.
Un père noël dont on lit la douce sagesse dans le regard, dont on sent la bonhommie dans un rire tonitruant. Il croirait à mon imaginaire fertile et donnerait foi à mes fabulations. Il me laisserait la liberté de devenir un danseur de claquettes au même titre qu’un oncologiste. À renfort de compliments, il m’aiderait à m’affirmer dans mon entier et sa fierté contagieuse me ferait lever le menton et déplier le dos. Mon père transmuterai mes peurs avec sa compréhension accrue des mécanismes humains. Il serait lui-même en paix et pourrait communier intimement à la vie.
Ses chagrins, ses joies, ses doutes et ses espoirs seraient partagés dans une franchise désarmante. Son rapport à ma mère, quoiqu’imparfait parfois, se développerait sous signe de la tendresse et de l’écoute. Ils iraient tous deux, plusieurs fois par année, seuls dans la nature pour ressourcer leur union. À leur retour, ils me présenteraient leur côté aimant ainsi qu’une branche, un petit caillou ou une feuille que j’accumulerai dans une collection ouverte. À l’occasion, ce serait mon tour de partir avec lui sous un ciel étoilé. Il monterait la tente, ferait un feu et me raconterait des mythes et des légendes. Je lui soufflerai un je t’aime et il me serrerait contre lui sous le quartier de lune.
Avec un paternel, je serais enfin libre d’apparaître. Je sortirais de ma gangue et brillerais de mille feux. Mais je suis un arbre sans racine, dépaysé dans son propre corps; un analphabète de l’amour qui s’illusionne de trouver LA réponse.
Si j’avais ce père, il m’apprendrait peut-être à respirer d’aise dans ce monde éclaté.