24 décembre. Rencontre familiale. Souper et cadeaux.

Une nouvelle chaise ergonomique de luxe. Fête ponctuée d’une crise existentielle et violente de mon frère. Crise en longueur. Alcool déborde de son sang. Perte de la joie, encore. Je reste invariable.

L’humeur neutre et détachée. Il veut que sa blonde lui parle. PARLE-MOI. PARLE-MOI. Sœur discute pour diminuer l’impact. Retour sur le passé, apprivoisement de certains non-dits. Mère fatiguée. C’était ça, Noël chez moi.

En prenant le volant pour reconduire la sœur en ville, je me sens amèrement seul. Je voudrais vider le trop-plein dans des bras aimants. Ou sont-ils? L’empreinte de la soirée frappe fort dans le corps. Mes rêves me mettent en contact avec Mo ». Je suis pris à l’aéroport et l’appelle. La réception de Marco est sympa, mais son père prend la ligne en me disant que ma présence coûterait trop cher, qu’il aurait besoin de refaire une chambre. Il parle d’argent et je lui réponds que moi, y en a pas, mais que Mo » est bien avec moi et m’apprécie.. Du moins je le crois, lui dis-je. Il raccroche. Je rappelle. J’entends Mo, de loin, et sa mère s’en mêle. Elle ne veut pas que je parle à sa fille. Ou est-ce la fille qui ne veut pas me parler. Je hurle dans le combiné : PARLE-MOI, DIS-MOI LA VÉRITÉ. Je suis peiné et j’ai la certitude de rapports charnels entre Mo et Yoan. DIS-LE-MOI. Je m’éveille triste et impacté. En plus, dans ce rêve, Carole et Martin de l’Atelier Sfumato arrêtaient de donner des cours, fini mon rapport aux gens que j’aime. Lourd départ pour une journée de fêtes. Lourd départ.

Il est 11 h 18, 25 déc. J’ai le cœur pleureur et les émotions troubles. Et toi?

Fin de soirée…

En après-midi, communication avec Mo’ en France. Fou rire, rencontre sur vidéo. Elle est vraiment jolie, comme si je la voyais pour la première fois. Pourtant, ces yeux reflètent la tristesse. Je crois que fondamentalement, elle porte un lourd fardeau que jamais je n’arrive à discerner. Est-elle comme mon frère qui se sent tellement différent de ses semblables? A-t-elle seulement idée de l’effet de son état sur le monde extérieur?

À table, mon père disait qu’il ne pourrait pas fréquenter Mo’ parce qu’il y a quelque chose chez elle. Oh, quoi? Elle n’est pas accessible répond-il. Pas accessible comme la chair d’un homard dont il faut casser la carapace pour s’en régaler. Et le rire qu’elle aime tant, quand l’a-t-elle perdu? La musique de son cœur, que chante-t-elle? De tristes mélopées? De savantes ritournelles? Entre la présence et l’absence, la membrane est mince. Entre tambour battant et la déchirure, la frappe est déterminante. Le verbe s’incarne dans le son continu. Le vent porte les pas. Je cherche encore à saisir l’essence de l’être devant moi. Je réponds par compassion à la douleur. Inévitablement, la douleur persiste pour attirer l’amour. Rôles inversés de vies antérieures…

Je resterai dans mon pays et j’attendrai la floraison du printemps.