Prendre une place que l’on croit due à un autre. Se prendre au piège et se perdre dans le jeu. Un malaise grandit et s’étend. Le côté gauche paye la note, l’épaule droite décroche, le coeur empile les miettes rances. Empiler irréalité sur virtualité. Se casser le nez sur le solide du moment qui se trouve toujours sur le chemin, en face de soi. Préférer oublier et replonger dans le tourbillon résolument rassurant de l’antimatière. Ne pas se faire confiance d’être parfait en tout point devant chaque situation. Refuser la grandeur inhérente à mon soleil. Me plaire à fuir, courir, me terrer.

J’aime à contrecoeur dans l’obligation de l’Esprit saint qui, lui, sait. J’étoile filante sur la toile et accroche des mouches noires aux maillons du filet. Je nourris l’imposture; le gave à coup de courses de hamster, de conversations qui tournent en rond; idées bien huilées qui ne sortent jamais de leur axe, ou ne s’en éloignent que très peu. Ce mouvement rotatif de la bête à penser endort comme le pendule de l’hypnologue. Cercle vicieux imparable. Et ensuite, j’ajoute du sucre raffiné pour augmenter la vitesse du hamster dans sa cage. En dehors s’échappent tous les morts agités de spasmes violents devant le réel.

J’usurpe. Je trompe. Je leurre. Je suis de la pire espèce. Celle à laquelle tu ne peux te fier. Je suis le magicien noir au fond d’une nuit de pleine lune. Je suis l’ombre outrée de ma clarté intérieure et j’en souffre. Le Styx m’avale chaque jour. L’acide me ronge, l’arthrite emprisonne mon sceptre fossilisé dans ma main crispée. Je suis ma seule nuisance. Une nuisance verticale qui s’impose comme un phare gigantesque dans un désert blanc.

La mue frappe à ma porte. Je me retire dans l’attente du réenchantement.

Classé dans : poésie | admin | 22 septembre 2006 Commentaires (3)

Qu’est-ce que tout cela? 32 ans, et je commence seulement à comprendre l’ampleur de mes possibles. Je ne me cantonne pas dans un seul rôle, j’ai l’illimité pouvoir de créer ma vie avec mille facettes rayonnantes, toutes à la fois. L’artiste se sent attiré par l’informatique, l’urbain par la campagne, l’homme d’affaire par le mouvement “hippie”, le virtuel par la sculpture… Ces contradictions apparentes se tirant la couverte quotidiennement s’installent sur un même siège et se partage le personnage, qui, somme toute, peut enfin respirer de répondre à tous les appels.

En ce moment même, l’analyste en moi se questionne par un détour vers 16 mois d’informatique intensifs. L’apprentissage d’un langage qui me permettra, là, au loin, dans la sauvage Gaspésie, de gérer le côté technique de l’émergente école de créativité que nous batîront devant la mer . Il en faut un, minimalement, qui connaît la technologie sur le bout des doigts. Cela ne l’empêche pas d’offrir des ateliers de danse, de sculpture ou de dessin; ni même de s’adonner au joie de la pêche en haute mer, comme mes ancêtres pas si lointain ou d’écrire quotidiennement le dépaysement dans un roman à saveur d’ambiance feutré.

Et si j’avais le courage de m’écouter…


	

Classé dans : poésie | admin | 17 septembre 2006 Commentaires (1)

Un retour en légèreté, petit pas délicat. La toile perd de son adhérence, l’araignée jeune. L’atmosphère faussement riche de son nouvel habitat l’étouffe et l’étourdi. Vertige du lieu saint. Tout juste arrivé, il cherche à repartir. Se départir de l’odeur de goudron collé à même les murs étroits. Coucher dans une chambre qui le laisse dormir en paix, d’où les précédents cafards seront entièrement disparu, incluant leur gluante énergie de travailleur de nuit aux soucis aussi lourds que leurs bottes de travail. Je n’arrive pas à m’y faire, je deviens insupportable.

Touches pas à ci, mets ça là, que je commande à la Morie! Tout ce qui traîne est de trop. Range, restaure la pureté du décor. Si c’est petit, tout se doit d’être rangé. Comme le couple de vieux propriétaires en bas, farouchement perfectionniste. Entrer par la porte avant me donne l’impression que je dérange, que je suis l’algue gênant dans l’aquarium propre, propre, propre… Oui, c’est chez vous, disent-ils. Bien sûr, sans mots dire, ils s’emparent de l’espace. Sous le vernis la vermine. Pas qu’ils soient dérangeant ou méchant. Juste présent dans le moindre fond de placard, à espérer entrer dans l’univers du couple arrivant. À continuer de contrôler le lieu qu’ils ont chèrement payé et qu’ils entretiennent avec passion.

Dans moins d’une heure, après seulement trois jours de vie sous ce toit, je serai à deux coins de rue, à me laisser séduire par un autre décor. Je me demanderai réellement si l’animal délicat ne changera pas de territoire le premier du mois prochain au détriment de toutes logiques, fusse-t-elle financière ou émotive.

J’y reviendrai…

J’en reviens

Les pieds bien sur terre, l’âme errante, je traverse le parc m’amenant à l’objet de convoitise. Je respire profondément pour calmer ma pensée et rester neutre devant la vision bien réelle et le senti que me procurera la visite. Ayant déjà arpenté l’emplacement la veille avec Mo’, je me retrouve vite devant la porte sous la lierre abondante. Une porte de lutin, que je me dis, une porte de bois lourde avec une petite fenêtre à carreaux. Allons-y, informons de ma présence.

Au bout d’un court instant, la porte s’ouvre sur une bouffée de fumée secondaire. J’en frémis tandis que l’inconnue devant mes yeux s’exclame “Ulrike est pas là!” Bon, Ulrike est pas là… je viens pour visiter l’appartement, m’en fout d’Ulrike. Ulrike…hein, ULRIKE? Madame mon ex que j’ai pas vu depuis 5 ans vit ici? Pourquoi tu sais que je la connais? On s’est déjà vu moi et toi? Paraît que oui. Sa coloc a bonne mémoire et moi je reste interloqué, saisi d’un arrêt total de mes rouages cérébraux. Cinq ans d’absence et sur dix mille logements à Rosemont, je vais visiter le sien. SON espace, SON énergie. Une peur panique me monte aux genoux. C’était une fumeuse compulsive, schizo et la plus difficile relation amoureuse de ma vie. De bon augure.

J’entre dans la tanière par un escalier recouvert d’un tapis poussièreux, vieillissant. L’arôme d’anhydre sulfureux et le propriétaire algérien (?) accompagnent mes pas. La porte s’ouvre doucement sur un espace des plus étrange. La configuration classique de l’habitation montréalaise laisse sa place à une aire sympatique, colorée et ouverte. La lumière pénètre de partout. Je pense au bonheur de mes plantes. Le charme de l’ensemble me fait oublier les réparations futures essentielles comme le recouvrement des plaques de plâtre dans la chambre de bain et la recoloration du violet d’une des chambre. J’estime que le salon pourra être le bureau-chef de mon entreprise et y accueillir mon cabinet de graphisme avec sa table d’acajou grosse pointure (big shot) en plus de loger une salle de séjour pour venir s’échouer voluptueusement après le travail. Respirons, restons neutre. Le plafond ne plafonne pas, il grimpe. Les murs n’étouffent pas, ils respirent. Tout juste à côté, après l’angle, je construirai le nid de création artistique. Nous pourrons y laisser en permanence les pinceaux, les papiers, les feutres, les projets en constructions, en pâte de sel, en aquarelle. De ce lieu accouchera “le maître” sous le soleil du couchant.

Je glisse dans le désordre temporaire des boîtes et débouche sur la chambre de la maîtresse de la maison. Un blanc total, pas d’impression, sinon qu’on peut très bien y enfourner plus qu’un lit queen. Le jaune de la salle à manger m’attire beaucoup plus. J’oublie de vérifier l’espace de rangement, la qualité des comptoirs, le motif des planchers. Je m’attarde à la galerie qui s’ouvre sur une cour arrière dont la cime du cèdre dépasse la hauteur de la mansarde. Évidemment, nous y observerons les oiseaux. Je suis entousiaste, très. Je demande au propriétaire la procédure d’engagement. Nous ne somme pas les seuls. Il doit appeler, faire visiter. Notre disponibilité concorde avec la sienne, novembre. Il me rappelera dimanche. Je me donne le droit de rêver un peu.

Ce soir, en écrivant ces mots, je m’interroge tout de même. Survivrais-je à une éclairage plein ouest, moi, homme du matin?

Mise-à-jour

Dimanche matin, appel du proprio, nous sommes acceptés si nous voulons la place. J’irai visiter demain avec Mo’. Avec lenteur cette fois.

Classé dans : poésie | admin | 15 septembre 2006 Commentaires (0)

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