Soufisme

Une expérience bien différente dans un quartier pourtant bien connu. Une rencontre, une invitation pour finalement aboutir dans une mosquée. On ne m’a rien expliqué, ni donné aucun indice du déroulement de la soirée, on m’a seulement dit : « Come see yourself, you’ll fit perfectly there! ». Je croyais aller partager la danse de tourneurs derviches; les derviches étant les dévots du soufi, la branche mystique de l’Islam. Quelques surprises m’attendaient.

Arrivé à l’heure, j’ai attendu que la foule se présente avec l’espoir de rencontrer Adam, l’instigateur de mon petit voyage. Il arrive bien en retard en m’expliquant le décalage entre la ponctualité nord-américaine et celle des derviches. Bon, d’accord, j’ai amplement de quoi m’occuper le regard avec ces idéogrammes arabes ornant les murs. Ceux qui ont conçu cette écriture ne peuvent être que des génies, la vitalité et la légèreté des courbes font de ce langage une véritable oeuvre. Je m’y plonge méditativement dans l’attente du Cheik. Pourtant, j’ai comme un malaise, le dépaysement est fort de tous ces moyens orientaux, quelques-uns au regard fort et au corps costaud m’effraient. Je crois déceler en moi une part de cette histoire de croisade, de guerre de religion mal guéri. Que Dieu me pardonne et tout ira mieux. Les lions peuvent dormir avec les brebis, surtout quand les deux sont morts depuis des siècles.

Voilà qu’arrive l’homme important, le sage. Tous le vénèrent, lui baisent la main. Pendant ce temps, les femmes de l’autre côté de la salle se lèvent également pour l’accueillir. En moins de temps qu’il n’en faut pour que je réagisse, me voilà aligné avec le groupe de fidèles psalmodiant une prière à Allah. Je n’ai jamais senti une si rapide ouverture de coeur. Jamais. Un homme à l’avant chante et tous autour suivons le rite. Avec un peu d’hésitation et d’incompréhension de ma part. Debout, à genoux, front au plancher. 10 minutes de sacré et de purification avant que le sage ne prenne la parole. Parole d’or, parole de vérité, parole qui touche le coeur. Il parle des deux éléments essentiels à avoir sur le chemin lumineux : innocence de coeur et vision. Ce discours me touche tellement qu’il me permet de transformer mon regard sur ma relation avec ma copine. Elle, elle incarne l’innocence de coeur. À fond de train même. Je suis choyé de partagé ce cadeau de la vie, mon approche passe de la résistance à la fluidité. Le discours, appelé sohba, tire dans toutes les directions, selon l’inspiration du moment, pas celle qui emporte la tête, mais celle qui répond aux interrogations des fidèles. Chaque mot apporte réconfort, amour, bénédiction. J’écoute avec présence et joie sincère, le troisième oeil en feu.

Une voix s’élève. Une note douce. Le chant commence. Les lumières se tamisent et s’éteignent. Les hommes et les femmes entonnent ensemble une ritournelle hypnotique. Quelques personnes se lèvent et commencent à tourner. Ils tournent et tournent tandis que nous, nous appuyons leurs mouvements avec nos voix puissantes. La prière se continue dans l’action, suivant un rythme particulier. L’harmonie et la rencontre se placent au-dessus de tout. Caste, sexe, identité, plus rien n’existe dans la prière vivante qui s’enflamme graduellement et s’éteint tout aussi délicatement. Le silence. Il ne dure pas. En ligne, nous allons,l’un après l’autre honorer notre guide ainsi que chacun d’entre nous d’une poignée de main ou d’une accolade, ou d’un baiser. Encore là, le feu vivant de l’amour. Chaque être, chaque inconnu semblent tout à coup m’être chers. Leur présence m’a apporté support, réconfort et allègement. Allah est grand en cette soirée qui s’étire en bonté.

Ma rencontre privée avec le Cheik l’émeut. Il nous remercie de notre présence et nous remplit de cadeau. Pas seulement des paroles, un coeur offrant une sincérité inégalée. Et puis pour couronné le tout, un accueil en règle de notre présence lumineuse en ce lieu. Chaque personne présente pose la main sur l’épaule de son voisin pour former une chaîne unifiée qui se rend au guide. Celui-ci nous tend une cane représentant notre rôle de guide et tous ensemble entamons une autre prière chantée. Je ne suis plus séparé, le groupe est un, je suis un. Je suis sous la bénédiction d’Allah, des prophètes, de mon propre moi aussi. Bienvenue chez vous, il me dit. Il baisse même les yeux, le maître, tant notre présence le touche. Cette attitude de déférence, de respect, encore une fois me fait pleurer. Trop d’amour dans mon corps d’émotions et les larmes de bien-être s’échappent d’elles-mêmes. La soirée se poursuit avec un partage de repas et de connaissances. Je retourne chez moi vers 2h AM, le corps libre et l’âme ennoblie.

Si seulement les gens goûtaient un peu du mystère de leurs voisins, ils accueilleraient plus facilement la différence… Et puis l’essentiel dans tout ça, n’est-il pas la rencontre de la vie en soi et autour de soi ?

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