Let me be - Louis-Philippe  Day - Avril 2006(ou la complainte d’un mec malade) … Bonne lecture

La responsabilité de mes choix m’incombe. Cessez, s’il vous plaît, de croire préjudiciable pour ma personne mon détachement. Non, je ne sais pas ce que je ferai dans trois mois. Je ne sais pas où je vivrai, ni comment je paierai les factures. Pourquoi devrais-je suivre votre modèle, votre manière de penser et me conformer à votre malaise grandissant devant la vie au présent ? Vous voulez par-dessus tout mon bien-être. M’avez-vous demandé quelle serait son origine ? Je n’ai aucune ambition en projection temporelle. La seule qui me suis depuis toujours est de trouver un être à aimer, pour le reste, que dalle.

Rien à faire du capital financier acheté à coup de tristesse et de contraintes. Rien à faire de la production sous pression. Moi, je veux jouer. Yatzhee ou Gros Cochon, ça me va comme après-midi entre deux peintures. Et toi dans ta fonction de directeur de ventes pharmaceutique tu me questionnes régulièrement sur ma source de revenus. En plus, tu me pousses à aller me prostituer dans une étude médicale qui réglerait mon manque financier. Putain de sale con. Je mange des légumes et du pain bio, je me tiens loin de l’artifice créé en usine, que ce soit le parfum, la crème à barbe, les chandelles alors dis-moi, crois-tu vraiment que j’ai un prix ? 2600 $ pour une semaine d’internement, c’est pas beau, ça? Vraiment oui, et j’ai failli craquer après avoir fait mon bilan financier de l’année. Je suis deux fois moins riche que le seuil de la pauvreté et endetté du demi de mon revenu. Et alors ? Tu me dis faire un salaire douze fois plus élevé, je te réponds du tac au tac que jamais je ne fais d’insomnie ni de crise d’angoisse. Je sais que ce matin tu te présenteras dans une de ces compagnies de cobayes, je n’arrive pas à comprendre, mais je te respecte.

La vie telle qu’elle nous apparaît aujourd’hui, nous l’avons tous créée. Nous avons accepté au fil des ans le virtuel de la monnaie et la puissance que cette virgule flottante aura sur notre bonheur. J’accepte aussi d’être dans ce jeu que j’ai mis au monde moi-même sans cette fois-ci en accepter les règles. Vous savez, j’avais moins de dix ans que je criais haut et fort que mon modèle était Jésus et que je ne travaillerais jamais de cette vie, que je prendrais ma retraite à vingt ans. Ce n’est pas le cas, mais l’impact de ma carrière ne se fait pas sentir sur mon désir d’être libre puisque je travaille pour moi, à mon rythme. Le pouvoir du moment présent. Le pouvoir de l’être qui fait des choix spontanés. Le pouvoir de vivre selon son aspiration. Le pouvoir de faire briller son étoile.

Je ne saisis pas pourquoi il est si difficile pour vous à l’extérieur de ne pas vous inquiéter pour moi. J’attrape les opportunités au vol. Je suis disponible et à l’écoute. Ma vie est entre mes mains. Vos suggestions inquiètes me rendent malade. J’attrape la crève parce que je ne peux plus les sentir. Tout comme le béton de la ville. Sous les pieds, le macadam dur. Dur et froid. Dur et brutal. Il résonne dans les os, tuant mes genoux, ma colonne et mon plaisir, même pieds nus, ce macadam que vous piétinez inconsciemment chaque jour pour vous rendre rapidement à destination. Inconscient aussi de votre apparence de merde qui pue l’artifice. On assassine l’eau à coup de chlore qui pue. Vous couvrez l’odeur avec pire. Savons, crèmes, parfums. Tout pour faire taire le réel, le naturel. La ville de béton est une forteresse de pestilence et vous criez de dégoût dans un poulailler, sous le vent d’un tas de fumier ou pire encore, vous rejetez vos propres secrétions sudoripares. Incompréhensible et stérile. Je vis dans un monde aseptisé. Et la résurrection n’est pas pour demain.

Dieu Dollar fait la fête avec Cupidon. Ils dominent le marché et nous inondent de publicité trompeuses. Et nous tombons dans le piège. Nous avançons encore plus vite sur nos routes dures avec notre air de faux-fuyants à la recherche de stabilité en réponse à Mr. Cupidollar. Chaque personne seule cherche à se caser. Chaque casé cherche à se leurrer et se croire. Les Bridget Jones se font nombreuses. Je les lis quotidiennement. Et elles m’entourent. Toi, si inquiète de mon avenir, tu viens me voir en pleurs en me racontant pour une ixième fois ta difficulté de quitter ta relation. Tu me répètes sans cesse avoir compris qu’il n’est pas pour toi, que vous n’avez rien de commun, de projets à partager. Mais tu demeures prisonnière de ton drame. Pourquoi donc t’inquiètes-tu de mon avenir lorsque ton présent souffre ? Un moyen d’échapper à tes angoisses ? Parce que tu as appris dans notre fabuleux monde que le conte de fées existe, que les princesses doivent s’appuyer d’un prince ou d’un chevalier. Si si, ils le chantent tous les jours à la radio, on le voit aussi au grand et petit écran.

Écran de fumisterie oui. Je préfère rééditer le manuel du bon petit amoureux à la sauce conscience plutôt que de suivre les déboires sentimentaux d’une société hypnotisée par le dieu hybride. Je le réécris pour moi, parce que mes vérités ne sont pas universelles, elles sont sincères, mais subjectives et ne s’applique qu’à moi et à ceux qui partageront ma vision.

Je suis fatigué de ne pas être compris de la majorité. Si je veux être Dieu, laisse-moi être dieu, ne t’offense pas. Si je veux être libre et exprimé, donne-moi au moins un moment pour chanter sans m’éteindre. Si je veux grandir, ne cherche pas à me faire pousser en me bottant les fesses. L’être se développe différemment pour chacun. Chaque réponse dépend d’abord du conditionnement et ensuite de la vérité intrinsèque. Alors vois-tu, ce n’est pas en me crucifiant que tu obtiendras l’équilibre, ni en me sauvant.

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