Incroyable, impensable, frustrant. Ce petit être malicieux, malgré nos demandes, se retrouve encore dans notre cours à enlever des mauvaises herbes. Il se croit chez lui. Il fouine, regarde, évalue. J’aimerais lui crier des bêtises pour ensuite le faire voler par-dessus la clôture d’un coup de pompe au cul. Malheureusement, il est âgé et malade. Tout rabougri et potelé. Je le sens tellement faux qu’il me rend en colère. Surtout que lors d’une de ses dernières visites, il allongea la main et tâta le sein de ma colocataire, le petit pervers. Je dois tout de même rester prudent puisqu’il la tient par les couilles avec son chantage, elle qui espère demeurer sur les lieux. Je ne dois pas envenimer la situation. Pour ce faire, je la crie ici. Ne vous méprenez pas, je me suis exprimé. Je suis sorti dehors dès son arrivée pour lui demander d’appeler et d’attendre notre rappel avant de se présenter, qu’il y avait des règles à respecter. Il rétorque qu’il fait ça pour le voisin du haut transportant en tout temps une bonbonne d’oxygène. Au cas où il s’accrocherait les pieds dans une mauvaise herbe et s’étalerait de tout son long sur le carrelage menant à la ruelle arrière. Bien sûr… Les voisins du haut sont deux ermites et ne sortent jamais, jamais, jamais.

Ah le vilain! Ah le rat d’égout! Je vous jure, je le mordrai, quoique l’idée de mes dents sur ses chairs gâtées ne m’enchante guère. Un chien, j’emprunterai le Rottweiller de mon frère et je lui demanderai de grogner contre l’étranger possessif. Merveilleuse idée. Je ne veux plus le voir, je ne peux plus le sentir et il me reste pourtant trois mois ici à surprendre sa présence interdite et à réagir vertement aux rencontres fortuites, parce que non, il ne s’annonce pas, il rôde comme le voleur. Parfois à sept heures du matin, parfois le soir. Et puis, depuis qu’il sait que je quitte, il ne communique plus avec moi, il sait que j’ai du caractère et des convictions et qu’il ne peut rien contre moi puisque ne pèse aucune menace d’expulsion pour un être démissionnaire. Alors il fait du chantage à Chantal, il aimerait tellement avoir un couple sérieux, italien et propre dans sa cabane aux tuiles affreuses.

Dis-moi ce que tu penses réellement et peut-être je pourrai ne pas t’envoyer promener, petit proprio malsain. Le pire dans tout ça, c’est le manque d’amour flagrant que je vis face à lui et la rage qui le remplace. C’est moi qui me pollue, mais bon, soyons vrai, soyons bouillant, soyons exprimé… même dans la colère!