J’étais dans ma ville natale ce weekend pour célébrer la tradition de Pâques en famille. Je n’y étais pas seul, ma Pitounskie m’y accompagnait. Arrivée de France depuis peu, elle n’avait pas encore foulé la première ville du continent nord-américain, cette cité à flanc de cap qu’est Québec. Nous sommes donc arrivés au coeur de la ville assez tôt vendredi, sous un chaud soleil couchant.

En tant que guide officiel, j’ai concocté une courte visite guidée des principaux attributs touristiques de la ville. Un genre de rallye pédestre d’une durée illimitée, selon l’inspiration du moment. Notre périple nous amena évidemment sur la terrasse Champlain tout juste à côté du renommé château Frontenac. Pitounsky apprit en ce lieu en construction un peu d’histoire devant la statue de Samuel de Champlain, cet hurluberlu disjoncté et mégalomane qui partit de sa France pour bâtir une bourgade principalement habitée par les crapules des prisons trop pleines et rejoins aussitôt par de frêles fillettes pour accoucher d’un peuple nouveau. Comme je m’emportais dans d’incompréhensibles discours teintés de cynisme, je résumai le tout en disant Champlain, fondateur de Québec, 1608. Retiens-le, citoyenne. Nous poursuivîmes notre descente vers le petit Champlain, là où de millions de touristes étranges photographient la rue sans relief du haut de l’escalier Casse-Cou. Tout était désert, froid et gris pierre. Sauf peut-être la minuscule église de place Royale, peinte blanche. Nous y sommes entrées quelques instants dans un pub dont le nom m’échappe, sur le coin de la rue Saint-Pierre. Choisir entre un caveau et ce pub est chose simple, ils sont pareils tous les deux, mais le pub est enfumé…

Je ne sais pas si vous avez déjà essayé d’expliquer les plaines d’Abraham à une touriste dont l’imagination débordante frise celle de Georges Lucas, mais l’effet de la réalité sur la création mentale dégonfle un peu l’illusion.

– Ah, ouais, ok! Je voyais pas ça comme ça.

Et moi, après l’ascension des 310 marches de la Promenade des Gouverneurs à flanc de cap, avec mon vertige incontrôlable, les jambes molles, le coeur battant et l’estomac creux, je ne peux qu’acquiescer. J’avais dit quelque chose comme un grand parc en gazon avec des collines sur lequel il y a eu une importante bataille entre Anglais et Français. Elle a cru que ce parc avait 50km de long, genre. C’est peut-être moi, donc! Pour terminer la boucle, avec ces trois heures de randonnée, nous sommes arrêtés nous sustenter dans un restaurant insatisfaisant quant au rapport qualité/prix, mais au look attrayant et à l’ambiance conviviale. Il le fallait avant d’aller rencontrer la famille.

Prendre quelques forces est essentiel à la survie dans ma famille de pas normal. À suivre…