Contour

C’est un moment flottant. Un moment entre deux eaux, brumeux, vaporeux. Dans ce court moment d’éveil nocturne, je m’étire le cou pour t’apercevoir menue et fripée dans mes draps bleus. C’est un moment angoissant. Je m’interroge sur ta présence ici.

Comment se fait-il que j’accepte que tu y sois encore? Cinq jours consécutifs. Cinq jours à oxyder les murs de mon intimité. Cinq jours à enrouler tes lianes autour de mon corps, à m’étouffer décorativement, à planter tes racines dans ma terre fertile. Entre les branches, des oiseaux gazouillant. Ils échangent des rumeurs convaincantes. J’écoute et je vois l’ombre des souvenirs couvrir ta personne. Elle t’habille : tu n’es plus toi, tu es autre. Toutes les autres. Toutes ces tentatives d’invasion territoriale. Je me défends coûte que coûte sinon je me perds et me décompose. Rêvant de solitude, je deviens lourd et arrogant. Je piste et renifle obsessionnellement la liberté.

Sauve-toi avant que je ne te dévore toute crue. Je t’avalerai dans mon hypocrisie apollinienne. Défies le soleil il te brûlera, défies la mer elle te noiera, reste immobile je te mépriserai. Mépris douloureux de l’animal sauvage tentant chaque fois une approche vers l’humanisation. Je porte les griffes tranchantes de l’ours et les ailes déployées du grand aigle. En mon île ne pousseront que des épaves échouées qui sauront lever l’ancre par eux-mêmes, qui comprendront les courants inégaux et les fracas du tonnerre. Je suis moi aussi cette épave au voilage déchiré. Un vaisseau fantôme sur la mer de l’intimité. Pourquoi donc y es-tu ?

C’est un moment flottant, comme j’en vis chaque matin entre le sommeil et l’éveil. Une seconde en apnée, une minute de paralysie totale. J’ai appris la leçon, l’envers du décor. Sur le monde je ferme les yeux. Définitivement.

Patzivota – Cirque du Soleil
(trame sonore : Varaikaï, Cirque du Soleil)

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