Colocation

Je vis dans un château de cartes. Les bases friables et fragiles tiennent plus à un jeu d’opposition de force qu’à une réelle construction symétrique. Quatre naufragés y habitent. Quatre familles d’égales destinées. J’appartiens sans nul doute au cœur. Je suis l’âme de la cour intérieure, la vie qui circule, le pont entre les mondes. Nul doute que Monsieur Pique y reconnaîtra une offense et se défendra d’être à la source de ses propres tremblements…

Le cœur à l’envers ne sait comment le temps a pu passer sans l’explosion du jeu. C’était avant hier. Avant que le plafond ne tombe. Une première tuile, puis une autre, et encore une autre. La chaudière chauffe. Les souffles se retiennent. Les mots s’inscrivent au fer rouge sur les murs fatigués. Dans la tête des résidents, une pensée discordante. Décrépitude. Insomnie. Calomnie.

Ma tribu se cimente dans la tourmente. Le souverain, chiche, menace. Un vent du nord plie la charpente. Nous le soumettons à la loi. Il est la loi, le roi. Rien ne lui résistera. Avant de me lancer et de juger, j’écoute l’avant-propos de chaque murmure. Les jours se comptent à rebours. Un choix doit être fait. La structure craquelée ne peut plus résister. Je soumets le Pique au ballottage.

Trèfle et Carreau l’interpellent aussi. Ils parlent de force, de résistance, de conviction. Je parle de vide, de silence, d’amour. Un atout se perd dans la manche. Seul un magicien pourrait rebâtir. Il ne se présentera pas.

Dès la fin du mois, nous rebrasserons les cartes. Nous avons heureusement échappé à la ruine.

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