Je suis oiseau de feu. Je vis

dans un cercle de brume s’élevant d’une mer de mots élastiques. Le plumage brûlant, je suis prisonnier

d’un mur d’humidité opaque.
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Classé dans : poésie | admin | 28 février 2006 Commentaires (3)

C’est un moment flottant. Un moment entre deux eaux, brumeux,

vaporeux. Dans ce court moment d’éveil nocturne, je m’étire le cou pour t’apercevoir menue et fripée

dans mes draps bleus. C’est un moment angoissant. Je m’interroge sur ta présence ici. Comment se

fait-il que j’accepte que tu y sois encore? Cinq jours consécutifs. Cinq jours à oxyder les murs de

mon intimité. Cinq jours à enrouler tes lianes autour de mon corps, à m’étouffer décorativement, à

planter tes racines dans ma terre fertile.

Entre les branches, des oiseaux gazouillants.

Ils échangent des rumeurs convaincantes. J’écoute et je vois l’ombre des souvenirs couvrir ta

personne. Elle t’habille : tu n’es plus toi, tu es autre. Toutes les autres. Toutes ces tentatives

d’invasion territoriale. Je me défends coûte que coûte sinon je me perds et me décompose. Rêvant de

solitude, je deviens lourd et arrogant. Je piste et renifle obsessionnellement la liberté.

/> Sauve-toi avant que je ne te dévore toute crue. Je t’avalerai dans mon hypocrisie apollinienne.

Défies le soleil il te brûlera, défies la mer elle te noiera, reste immobile je te mépriserai. Mépris

douloureux de l’animal sauvage tentant chaque fois une approche vers l’humanisation. Je porte les

griffes tranchantes de l’ours et les ailes déployées du grand aigle. En mon île ne pousseront que des

épaves échouées qui sauront lever l’ancre par eux-mêmes, qui comprendront les courants inégaux et les

fracas du tonnerre. Je suis moi aussi cette épave au voilage déchiré. Un vaisseau fantôme sur la mer

de l’intimité. Pourquoi donc y es-tu ?

C’est un moment flottant, comme j’en vis chaque

matin entre le sommeil et l’éveil. Une seconde en apnée, une minute de paralysie totale. J’ai appris

la leçon, l’envers du décor. Sur le monde je ferme les yeux. Définitivement.

style="font-size:10px;color:#666666;text-align:center;">(trame sonore : Varaikaï, Cirque du

soleil)

Classé dans : poésie | admin | 21 février 2006 Commentaires (0)

src="/blog/images/stefmariage.jpg" alt="" />Je suis devant l’autel. Dans mon mateau long griffé

de suède et de poil, je ressemble à un général russe. Ma carrure prend de l’expension et ma tête

s’envole, prise de vertige. Il fait un froid pénétrant aujourd’hui dans cette chapelle de glace au

pied de la montagne; les invités bien emmitouflés grelottent. Ils témoignent de mon union à venir. Ils

doivent pourtant se demander la raison de cet alignement de photos sur la table. Surtout celles-là.

Ils ne le voient sûrement pas, mais ce sont les images de toutes mes ex-amoureuses et ex-amantes. Il

n’y en a qu’une petite trentaine. Elles ont leur place avec moi aujourd’hui, elles furent mes

formatrices, mes miroirs, mes maîtresses.

Ma future femme avance avec son père sous

le bras au rythme d’un orgue cathédrale. Elle s’approche et constate le sacrilège. Surprise, elle

arrête net son avancée et siffle un blasphème cruel sous l’arche sacré, vivement choquée de constater

que j’avais osé lui mettre sous le nez ses rivales passées. Je comprends sa jalousie et j’empathise.

Comment ne pas faire autrement? Moi, son amoureux excentrique, j’ai poussé mes fantaisies jusque dans

ce moment magique. Je le fais pour elle: hôtel de glace, 14 février, robe blanche, souper au Château,

que de romantisme chez ma tendre moitié. Je n’aimerais pas paraître cynique, je le suis. Je suis

l’anti-romantique pur et dur. J’ai tout de même cédé beaucoup. Les concessions aident le couple, à

ce qu’il paraît…

Je baille en silence sous mon écharpe grise. Je n’arrive pas à

croire au charabia religieux en ce qui a trait à l’union. J’ai toujours trouvé vide et creux les

discours préfabriqués de l’église. Si j’écoutais réellement, je pesterais à chaque réplique

incohérente. Caroline connais mon état et guette mon humeur, inquiète. Je reste imperturbable et tout

de même souriant. C’est pour le décorum et l’album souvenir. En fait, je commence à me demander ce

que je fais là. Je souris de plus belle. Caroline semble soulagée.

- Blablabla…

blablabla… bla… Caroline Dumas-Tremblay, voulez-vous prendre Louis-Jacques St-Cyr comme légitime

époux … blablabla… chérir … fin des jours.

- Oui je le veux

Je regarde Caroline avec panique et ahurissement. Elle le veut. Elle me veut.

- Et

vous, Louis-Jacques St-Cyr, voulez-vous prendre Caroline Dumas-Tremblay comme légitime épouse…

/>

Flottement, ralentissement, brume.

Je regarde mes souvenirs étalés sur

l’autel. Seigneur prends pitié. Je tends la main et retourne une à une les photographies de mon

passé. Sandra, Sophie, Sonya, Janet, Geneviève, Julie. Des murmures s’élèvent dans l’assistance.

Jacynthe, Marie-Ève, Mélanie, Myriam, Andrée, Cassandra. J’ai le geste lourd, d’une infini lenteur.

Le prêtre répète sa question. Sabrina, Danielle, Aurélie.

Caroline demeure

interdite. Elle voit au bout de la rangée sa propre image. Karine, Christine, Valérie, Véronique.

Suis-je vraiment prêt à tout abandonner. Fannie, Zoé, Sarah, Claudine. Ou êtes-vous? Isabelle, Ulrike,

Julianna, Pam, que reste-il de nos amours ? Une à une, toutes renversées. Caroline se détend. Sa

respiration se calme.

Caroline l’Image, dernière de la lignée. Caroline la femme.

Caroline ma fixation, mon idéal, mes concepts. Caroline sa personnalité, ses humeurs, la vraie de

chair et d’os. Angoisse. Je prends le cadre par un coin, le tourne sur la table, hésitant. Je la

regarde elle. Je me tourne vers la foule, les regarde aussi. Je passe vite sur le prêtre pour

accrocher mon regard au crucifix. Seigneur je ne suis pas digne de te recevoir mais dis seulement une

parole et je serai guéri. Pas digne. Pas d’appartenance. L’histoire d’une vie. Le chevalier

solitaire devant le choix. Louis-Jacques, reviens à toi.

Étourdissement.

J’échappe le cadre qui explose sur le sol gelé. Je me penche, ramasse la photo de Caroline.

Je la glisse dans la poche intérieure de mon manteau. Avec souplesse, je me redresse et quitte par

l’allée centrale, laissant là les personnages incongrus de l’histoire de mon mariage.

/>
Il n’y aura jamais d’amour pour l’homme qui ne fait pas de choix, jamais.

style="font-size:10px; color:#cccccc; align:center;">* Image du mariage de Stéphanie et Nicolas, 14

fév. 2006

Classé dans : poésie | admin | 16 février 2006 Commentaires (3)

Tu es là, dans l’embrasure de la porte à me regarder. Ton regard

songeur laisse présager le pire. La tension est palpable suite à cette première nuit statique. Notre

accord stipule que nous aurons à chaque rencontre des moments intimes de passion dévorante, des

festins de corps, des caresses enivrantes, mais comme tu le sais, j’ai failli à la tâche; je me suis

rapidement endormi sans le moindre contact. Pas que la journée précédente fut longue ou ardue, ni même

que je n’avais pas d’envies. Je n’arrive pas à cerner la cause effroyable de ce désastre, et que tu

m’observes en silence me mets mal à l’aise et m’empêche d’y voir clair.

Qu’aurais-tu

voulu de plus? Depuis notre rencontre, nous avons partagé tous nos moments libres à éveiller notre

sensualité et à se rencontrer dans l’extase sexuelle. La tendresse, l’écoute, la force, le jeu, les

frôlements, les danses ne sont là que quelques facettes que nous avons éplorés. Je n’arrive pas à

comprendre ton insistance matinale. Ne serais-tu qu’un phéromone volage qui s’attache à tout ce qui

bouge? Je ne t’en donne pas assez? C’est toi qui insistes tout le temps. Aussitôt près de mon corps,

tu oublies toute retenue. Hop, la main aux fesses. Hop, la bouche qui me dévore. Hop, au lit. Bientôt

nous ne pourrons même plus aller au restaurant ou dans un parc sans que tu ne m’attires sous ta jupe.

Tout un contrat.

Arrête de me regarder avec tes yeux inquiets. Je sais ce que tu te dis.

Que tu ne veux plus de moi. Que je baise mal Que je suis moche. Que j’ai rencontré quelqu’un d’autre.

Que tu ne m’aimes pas. En fait, il n’a jamais été question d’amour entre nous. Pas au sens propre.

Comme je te déteste quand tu m’offres ce mutisme. Tu ne parles qu’avec ton corps, si encore c’était un

dialogue. Tu me remercieras de t’avoir rencontré et de t’avoir enseigné l’art d’aimer. C’est ça,

casse-toi salope! Je veux plus te voir.

- Phil… Phil… chuchote amoureusement

Caroline.
- Quoi? répond-til sèchement.
- Il reste plus de papier de toilette!

Lance-t-elle gênée.

()

Classé dans : poésie | admin | 6 février 2006 Commentaires (1)

Je vis dans un château de cartes. Les bases friables et fragiles

tiennent plus à un jeu d’opposition de force qu’à une réelle construction symétrique. Quatre naufragés

y habitent. Quatre familles d’égales destinées. J’appartiens sans nul doute au cœur. Je suis l’âme de

la cour intérieure, la vie qui circule, le pont entre les mondes. Nul doute que Monsieur Pique y

reconnaîtra une offense et se défendra d’être à la source de ses propres tremblements…

/>
Le cœur à l’envers ne sait comment le temps a pu passer sans l’explosion du jeu. C’était avant

hier. Avant que le plafond ne tombe. Une première tuile, puis une autre, et encore une autre. La

chaudière chauffe. Les souffles se retiennent. Les mots s’inscrivent au fer rouge sur les murs

fatigués. Dans la tête des résidents, une pensée discordante. Décrépitude. Insomnie. Calomnie.

/>

Ma tribu se cimente dans la tourmente. Le souverain, chiche, menace. Un vent du nord

plie la charpente. Nous le soumettons à la loi. Il est la loi, le roi. Rien ne lui résistera. Avant de

me lancer et de juger, j’écoute l’avant-propos de chaque murmure. Les jours se comptent à rebours. Un

choix doit être fait. La structure craquelée ne peut plus résister. Je soumets le Pique au ballottage.

Trèfle et Carreau l’interpellent aussi. Ils parlent de force, de résistance, de conviction. Je parle

de vide, de silence, d’amour. Un atout se perd dans la manche. Seul un magicien pourrait rebâtir. Il

ne se présentera pas.

Dès la fin du mois, nous rebrasserons les cartes. Nous avons

heureusement échappé à la ruine.

*

Classé dans : poésie | admin | Commentaires (0)

src="/blog/images/monde.jpg" style="padding:5px; border:solid 1px #cccccc; " alt="un monde"

/>

Louis-Philippe Day, fusain, été

2005

Classé dans : Non classé | admin | Commentaires (3)

Ce fut long avant d’agir, mais je me plais totalement avec cette

mise en page bleuté. Les divers éléments ajoutés me ressemblent. Je vais enfin pouvoir me sentir chez

moi sur mon blog!

Je suis un monstre aquatique, mais n’ayez crainte, les masques à

oxygènes sont fournis pour descendre en profondeur… ou monter en altitude onirique.

/>
Merci aussi à la Matou pour m’avoir orienté sur une pièce musicale qui reprend le thème de

“comment je me sens ici-maintenant”. La création fut musicale, graphique, et dansée.

/>
C’est la fête ici, portes ouvertes générale… Je vous y invite maintenant avec joie!

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Classé dans : poésie | admin | 3 février 2006 Commentaires (1)

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