Nocturne

Je t’appelle encore ce soir. J’ai passé la journée à te sentir au-dessus de mon épaule, incidemment, je ressens le désir de te voir. Tu acceptes ma proposition. J’en suis surpris. D’habitude, tu hésites et évites les rencontres, surtout que depuis le début du mois, les évènements nous ont souvent réunis. Tu as ta douche à prendre, ta vaisselle à terminer. Tu me demandes de patienter un peu, de n’arriver qu’à vingt-et-une heures. Parfait pour moi, je dois également me préparer. Nous connaissons tous deux notre lenteur.

Après un court trajet d’autobus, j’arrive à l’heure prescrite. Tu m’invites à entrer. Je n’ai pas le temps d’enlever mes souliers que déjà nous ressortons à la recherche d’un café ouvert. Nous arrêtons au parc profiter de la patinoire. Avec la musique diffusée, les lumières ornant le pavillon et la neige floconneuse tombant mollement, l’ambiance est toute romance. Depuis le temps, je sais que tu apprécies fortement, toi, ma princesse inaccessible. Nous dansons et tournoyons. Nous glissons et tombons. Nous rions. Étrange soirée.

Dans les bras de l’hiver circulent une femme-cercueil et son chevalier. Elle intériorise ses pensées, ses mots se font rares et hésitants, il l’accompagne, respecte son silence. Le froid les sépare.

Depuis six mois déjà je te fais la cour. Ardemment, légèrement, romantiquement, distant, mais toujours impuissant. Depuis deux jours, j’ai abandonné. Je me détache lentement, couture usée. Ce soir, je sens la rupture finale, tu me perdras et ce sera bien. Je crois que tu as toujours eu peur d’ouvrir les bras. Je t’ai ébranlé, mais tu n’as pas cédé. Tout en marchant vers le café, je t’observe. Je m’observe t’observer. Je calque mes pas sur les tiens, ma respiration sur la tienne. Je tente de percer le mystère.

Le cercueil s’ouvre, libérant une nuée de papillons blancs. Ils s’envolent vers la lune dans une danse retenue.

Enfin, tu me dis ce qui te préoccupe. Pleine de courage tu me demandes où j’en suis avec ton cas. Tu ressens un malaise à mes côtés, tu as peur que je m’attache, que je requière cette partie de toi que tu ne saurais offrir. Tu t’accuses d’être distante. Je ne m’en rends pas compte. Je te trouve accueillante. Je te rassure tout de même. L’idéal se déplace. Je ne pourrais de toute manière survivre à un amour absent. Je dépose sur tes joues un baiser d’adieu souriant.

Dans le silence cloîtré, elle se referme timidement.

J’espère que tu te sentiras plus libre et sauras aller t’éveiller aux douceurs caramélisées d’une passion amoureuse. Pour ma part, je me drape de ton linceul et, debout, la tête haute, je respire le soleil.

Cet article a 2 commentaires

  1. Bang!
    Et tu me dis que j’écris tout en douceur? Attention, tu n’y vas pas de main morte là dedans non plus!
    Soufflée je suis.

  2. Et si tu te colores de l’ambiance qui t’entoure, je te souhaite des matins emplis de doigts de soleil léchés par les lames turquoises.
    À l’image d’une embarcation démesurée, voguant sur une mer trop vaste de mots en tous genres, la houle me porte et tes mots me chavirent.

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