Un cheval de bois. Des patins de bascule rouge. Un mouvement de balancier régulier. Au niveau des pattes, dans les étriers, des bottes de pluie rutilantes d'une odeur caoutchouteuse. Sur le dos de l'animal, un grand homme au regard lointain. Une plaine se déploie devant lui, et lui, carabine à la main, foule un territoire inexploré. Son long manteau vole dans la poussière. De sa main libre, il repousse vers l'arrière ses longs cheveux défaits par le vent et poursuis sa précieuse course. Après quelque temps, une ombre se dégage dans la chaleur. Droit devant lui, debout et immobile comme le cactus, il discerne les contours d'un autre voyageur. Il ralentit l'allure, arme son fusil, pointe sur l'étranger et s'arrête à distance de tir. Toujours à cheval, il devient aussi immobile que le roc. Le temps se pétrifie. Chaque image entrant dans son oeil, chaque son sifflé par le désert, chaque vibration du sol est amplifié. Solide et arrogant, il tient en joue ce personnage qu'il distingue à peine dans ce fort contre-jour.
- Ne bougez pas ! lance-t-il.
Ses yeux se plisse, ses tempes cogne. Son cheval frémit et s'ébroue. Il en descend. La forme devant lui n'as pas encore bougé. Il s'approche encore. Tout doucement, prenant vie, la forme humaine se retourne.
- Faites un geste et je vous descend ! annonce-t-il.
Au ralenti, encore, comme englué par le goudron, l'inconnu continue de se retourner. Dans un geste d'ouverture, un bras se déplie. Épaule, coude, poignet, phalanges, une extension gracieuse et complète.
- Je vous aurai prévenu...
Un serpent sonne à ses pieds, paniqué, il recule d'un pas. Ce court instant permet à un nuage de couvrir le rayonnement solaire. Sa vue hallucinée revient lentement à la normale. Il détaille l'être devant lui. De la main au coude, du coude à l'épaule, de l'épaule à la tête. Il découvre deux yeux brillants enchâssés dans un visage angélique. Il recule d'un autre pas, tremblottant, son regard figé dans celui de l'étranger. Celui-ci, d'un geste vif, soulève son chapeau à large rebord. Le cowboy hésitant baisse son arme.
- Qui êtes-vous ? demande-t-il d'une voix chevrottante.
Un faucon cri dans le ciel. Sans même répondre mais fixant les prunelles du héros, l'interrogé défait le lacet de sa large cape noire qui glisse sur le sol, dévoilant un corps de femme entièrement nu. Maladroitement, le regard se détourne. Il scrute le corps. Une peau satiné, des muscles saillants, une poitrine rebondie, des cuisses rondes, un sexe triangulaire.
- Vous... vous... vous...
Sans lui laisser le temps de dire un mot de plus, la femme s'approche et lui scelle les lèvres d'un baiser. Elle prend l'arme des mains de l'homme et la dépose à ses pieds. Engourdi, il ne bouge pas. Le mirage revient vers lui est entreprend de le dévêtir. Agilement. Les longues mains de l'étrangère se glissent sous son manteau, caressant ce torse qui retient son souffle. Elle est chaude comme le soleil du désert et elle brûle d'envie. Il se laisse guider. Son étreinte goûte les étoiles. Assis l'un sur l'autre, ils chevauchent. Harmonie des corps, rencontre, envolée surréaliste. Leurs âmes fondues rencontrent des ancêtres primitifs, des animaux totems, des purs-sangs, des bisons, des fleuves, des champs fleuris. Elles traversent le voile.
Dans ce coït, leurs corps enlacés libèrent le feu. L'union charnelle. Un homme, une femme. Un plein dans un creux. Une complétude. Puis, simplement, un mouvement de balancier pour créer la vie.









