Qu’est-ce qu’elle a, ma gueule ?

– Dr. sortez de votre mutisme pour un moment et dites-moi, qu’est-ce qu’elle a ma gueule ?

– Ben, rien, elle est sympa votre gueule !

– Vous êtes bien le seul à le croire. J’ai beau être un gentil héros, figurez-vous que personne ne me regarde.

– Les héros n’ont plus la cote, cher ami ! Soyez le méchant pour un instant. Vulgarité, agressivité, ambition. Soyez viril aussi.

-(…)

– Et puis je vous regarde comme ça, dans vos fringues fatiguées, ça ne vous donne pas fière allure. Un peu de personnalité attirerait les regards si c’est ce que vous voulez.

– Bien sûr que c’est ce que je veux, j’ai beau vous avoir dit que j’étais misanthrope, mais quelque part, je cherche à être reconnu, vu, aimé, séduit.

– Et c’est nouveau ça ?

– Pas du tout. J’était petit les grands ne me voyaient pas, j’étais obligé de leur foncer dedans pour qu’ils daignent descendre leurs yeux sur moi. Et je suis resté petit longtemps. Ensuite, j’ai eu un petit frère, beau comme un ange et rebelle comme un diable, toutes n’avaient de beaux yeux que pour lui. J’en voulais aussi, des oeillades. Juste une de Méliane ou de Viviane m’aurait suffi, j’étais amoureux, mais non, aucune. À l’adolescence, mon visage s’est moqué en me couvrant de ridicules pédoncules, beaucoup et profondément. « Pizza »… Les stupides jeunes filles se moquaient également, en plus, elles n’arrêtaient pas de me soumettre à la pire des tortures: elles m’assaillaient de mon manque d’expérience sexuelle, « PD, PD t’es qu’un PD ». Le rebelle de la maison et ses nouveaux amis renchérissaient sur le même registre. Avec le temps, j’ai pris un drôle de pli, je me suis mis à tout accepter et d’amer je suis devenu doux.

– Et maintenant ?

– Je crois tout comme vous que la femme n’en bave que pour le baveux, l’excentrique, l’antihéros. La douceur a disparu des moeurs. L’homme se doit d’être ferme, grand et fort. Il doit avoir une libido qui se sent de loin, un instinct de prédateur. Elle a besoin de poudre aux yeux autant que de fard à joues. Parce qu’elles préfèrent l’éclat des James Bond et des Camelots plutôt que l’imaginaire des Peter Pan et des Don Quichotte. Elles sont aimantées par le désir. Désir de séduire la bête, de se faire prendre au piège, pour pavaner; de souffrir un peu, encore, comme tant de siècles auparavant.

– Poursuivez.

– Je n’arrive pas à comprendre comment préférer le loup au pâtre. Quoique s’il est Grec, avec le profil qui va avec… leurs yeux s’allument. Et pas que les yeux. C’est tout leur être qui en bave, qui se ramollit. L’habit ne fait pas le moine. On le sait tous. C’est comme-ci on ne pouvait être doux et gentil et avoir droit aussi à de la considération.

– Allez, dites-le !

– Quoi donc ?

– Que vous avez envie de baiser.

– (…)

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